Thierry Pister : "J'étais sûr et certain que François Kamano allait quitter les Girondins de Bordeaux pour l'Angleterre"

Le 16 09 2019 à 13h31

En exclusivité pour Leero Sport News, Thierry Pister, ancien adjoint de la sélection guinéenne nous a accordé du temps après Oostende - Standard avec un clin d'oeil aux Girondins

Vainqueur de la Croky Cup en 1993 avec le Standard de Liège, Thierry Pister, ancien sélectionneur adjoint de la Guinée de François Kamano, nous accordé une interview pour le match opposant le Rouches à Oostende, club qu’il a aidé à se stabiliser au plus haut niveau. Entretien avec un passionné. 



Bonjour Thierry, peut-on dire que vous avez participé au renouveau du Standard de Liège ? 

Je venais de Toulon en provenance de l’Antwerp de Kessler qui était dur et discipliné. Le Standard n’avait pas pris de titre depuis des années et le club voulait du changement. Sur la deuxième année, on a terminé deuxième, on a remporté la coupe, c’était une saison extraordinaire, la meilleure même de ma carrière, en 1992-1993, je crois.

Frank Van Roy avec qui j’ai joué 3 ans à Antwerp arrive au Standard, j’étais très heureux car je m’entendais bien avec lui. Malheureusement l’année d’après ça ne s’est pas passé comme nous l’espérions. Dans cette équipe, on avait Hellers, Cruz, Rednic qui était d’ailleurs entraîneur à la Gantoise, Régis Genaux et Bodart dans le but, on avait une équipe pour être champion mais malheureusement, on échoue à un ou deux points.


La saison 92-93 avec le Standard de Liège a été extraordinaire

Que pensez-vous de l’évolution du Standard ? 

Premièrement, on ne peut plus comparer le football d’aujourd’hui avec ce que j’ai connu. Michel Preud’homme, s’il avait été entraîneur dans les années 90, on aurait dit qu’il est trop dur. Michel il sait tout faire avec ses joueurs. Je pense que le Standard, surtout à domicile, c’est la meilleure équipe de la série avec Bruges. Je suis toujours fan du Standard et je ne comprends pas la différence entre le Standard à domicile et à l’extérieur mais j’espère qu’après cette victoire contre Oostende, les choses vont changer. 


Michel Preud'homme sait tout faire avec ses joueurs


Que pensez-vous de l’effectif de l’équipe ? 

Je ne sais pas qui fait le recrutement au Standard même si je pense que c’est Preud’homme qui a le dernier mot. Ils ont pas mal de blessés comme Oulare ou Vanheusden mais quand tout le monde sera rétabli, Bruges va avoir du mal à rivaliser. 


Voyez-vous les Rouches aller loin sur la scène européenne ?

Je pense surtout que le Standard va prendre beaucoup de points à domicile et ça sera un grand avantage. Avant, on avait un noyau de 16 joueurs maintenant avec 16 joueurs, on ne fait rien du tout. Le Standard a 30 joueurs et 25 peuvent être titulaires et surtout sans voir la différence et c’est très important. Ils sont assez forts pour se battre sur les 3 fronts.


Le Standard est assez fort pour se battre sur les 3 tableaux


Vous avez entraîné Oostende. Un mot sur le club ? 

Quand j’arrive à Oostende, le budget était de 1 million d’euros et j’adore les challenges relevés. Mais si tu dois faire suivant les joueurs de la région, c’est compliqué pour être champion. Les dirigeants voulaient être champions sans moyen. C’était difficile. On a loupé le tour final pour montée en première division et la saison d’après, le président a vendu Benjamin Mokulu à Lokeren, notre attaquant de pointe qui avait plus de 10 buts à la trêve hivernale. Sans lui, ça a été le jour et la nuit. Et puis la dernière saison, on a eu énormément de blessés sachant que les dirigeants avaient recruté un préparateur physique qui venait de l’armée…Résultat, six joueurs titulaires se sont faits les croisés et puis nous avons eu du mal à enchaîner les bonnes performances et ça s’est arrêté là. Mais 30 blessures en tout c’est trop, mais c’est comme ça, c’est le football. Quand tu signes, tu sais que tu as la pression mais je préfère être coach que joueur, j’adore ce stress. Quand tu gagnes, tu te sens bien, et quand tu perds, tu te prends la tête toute la semaine pour trouver des solutions. 


Sans Mokulu à Oostende, ça a été le jour et la nuit


Comment voyez-vous les performances de Oostende ? 

J’ai vu des extraits courts de deux minutes à la télé. J’ai quelque équipes que j’aime bien voir mais Oostende joue très défensif et ce n’est pas le football que j’aime regarder. Quand c’est contre le Standard ou Anderlecht, je regarde mais sinon, je préfère quand ça attaque. 


Quels souvenirs gardez-vous de Rolland Courbis ? 

Rolland c’était mon entraîneur à Toulon, quand j’arrive là bas, je ne parle pas français. Et le français du sud c’est quelque chose. Déjà, on ne disait pas « coach » ou « monsieur » mais « Rolland » et j’ai eu du mal avec ça. Le plus dur ça a été le français. Il gueulait, donnait ses instructions, je ne comprenais rien. Le français du sud, c’est très différent, le premier mot que j’ai appris c’était « oh pitain » (avec l’accent). Rolland était exigeant mais par exemple, on jouait le samedi et on s’entraînait après le jeudi d’après (rires). Il y avait Peter Bosz, entraineur à Leverkusen avec qui j’allais courir sur la plage. Toulon était dans le top 10 facilement et j’utilise encore quelque exercices que Rolland nous fournissait. Il voyait très vite les problèmes et trouvait des solutions, c’était sa grande force. 


J'utilise encore quelque exercices que Rolland nous fournissait



Vous avez joué avec Marc Wilmots en 1993, que pouvez-vous nous dire sur lui ? 

J’ai joué 3 ans avec lui et on ne peut pas dire qu’il manquait d’engagement. A l’entrainement ou en match, il donnait tout. Il travaillait comme dix. J’adorais ça. Il bossait comme personne. S’il n’avait pas eu cet engagement, il n’aurait pas fait la carrière qu’on lui connait. J’adorais sa mentalité. Des fois, on s’est accroché sur le terrain si la passe n’arrivait pas bien mais c’était normal car c’était un battant. Quand il est parti en Iran, j’ai failli intégrer son staff mais finalement non, c’est le football, peut être un jour ? 


Marc Wilmots travaillait comme dix !


Vous avez été sélectionneur adjoint de la Guinée, un mot sur François Kamano ? 

Je dois dire que j’ai été 3 ans en Guinée, j’étais avec Lappé et puis ensuite, Paul Put est arrivé. C’est grâce à François qu’on se qualifie pour la CAN sur les 6 matchs qualificatifs. Très dangereux, toujours jouant vers l’avant, au pressing sur l’adversaire, très respectueux avec moi. S’il y avait un problème, il posait des questions. En Egypte pour la CAN, on a échoué car il y avait un problème entre les africains de Guinée et d’Europe pour des histoires de vestiaire. Quand le groupe tournait mal, il essayait de trouver des solutions et d’accorder tout le monde. Malheureusement, il n’a pas fait de bons matchs durant la compétition et son leadership s’est retourné contre lui. Il avait toujours la volonté mais il ne se sentait plus bien dans sa peau. Mais avec un grand François, on fait un ou deux tours de plus je pense. Quand je vois nos matchs de préparation, il avait énormément de qualités. Je n’ai pas compris qu’il reste à Bordeaux, j’étais sûr et certain qu’il aillait partir en Angleterre. Pour moi, au niveau de ses qualités, c’est un des meilleurs joueurs que j’ai pu avoir sous mes ordres et au niveau mentalité, c’est un exemple, un super gentil garçon. 


J'étais sûr et certain que François Kamano allait rejoindre l'Angleterre


Quelle est votre actualité désormais ? 

Ca m’a vraiment plu de travailler en Afrique. Les joueurs ont un peu profité de la confiance du coach avec la sélection. Il y avait toujours quelque joueurs qui se plaignaient. Je suis un entraîneur un peu plus dur. Il faut être bien avec les joueurs, du respect mais tu ne peux pas tout laisser passer sinon tu perds ton groupe. J’espère que je trouverais un club où je pourrais aussi être T1 et plus seulement adjoint. Après si tu me proposes d’être T2 avec Leekens ou Preud’homme, je fonce !

Il y a deux trois équipes avec qui je discute et j’ai quand même un peu d’expériences avec des résultats à la clé (rires), je voudrais avoir un autre projet intéressant. 


Je cherche un projet intéressant en tant que T1


Merci Thierry

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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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