Sebastien Wuthrich : "J’ai été un peu déçu de la manière dont cela s’est terminé avec le Servette FC"

Le 04 11 2020 à 18h56

Aujourd'hui, joueur de l'Astra Giurgiu en Roumanie, Sébastien Wuthrich nous parle de son jeu, du Servette FC et bien sûr de ses ambitions.

Sebastien Wuthrich vient de signer à Astra Giurgiu en Roumanie après avoir fait le bonheur du Servette FC. Non conservé par le club durant l’été, il évoque pour nous son football et sa philosophie de jeu. 



Bonjour Sébastien, j’ai été surpris de ne pas te voir rempiler avec le Servette. Peux-tu nous expliquer pourquoi ? 

J’ai été un peu déçu de la manière dont cela s’est terminé avec le club après l’investissement que j’ai donné au club. Cela s’était bien passé jusqu’en décembre en Super League. Au final, ils sont venus vers moi pour me définir leur politique en me faisant comprendre qu’ils me mettraient de côté au vu de notre désaccord sur un potentiel contrat futur. Depuis le 30 juin, j’étais libre mais finalement, cela s’est fait naturellement avec l’Astra. J’ai marqué mon premier but, tout se passe bien.


J’ai été un peu déçu de la manière dont cela s’est terminé avec le club


Quelle est ta position favorite ? 

Derrière l’attaquant axial. Cela n’a pas été tout de suite le cas car j’ai commencé ailier gauche ou ailier droit. Numéro 10, c’est une des plus difficiles sur le terrain. Il faut être costaud. En début de carrière, c’est compliqué d’être performant à ce poste. À Saint Gall, on fait une super saison en se qualifiant pour l’Europa League, j’ai commencé en 10 là-bas. À Montpellier, on m’a placé sur l’aile et cela n’a pas très bien fonctionné. J’avais la faculté de jouer à ce poste mais aussi, mes idoles étaient des personnes comme Zidane, Ronaldinho etc…Je voulais y arriver. Quand je suis rentré de Montpellier, je suis arrivé en deuxième division suisse où notamment Meho Kodro m’a totalement positionné en numéro 10. Avec lui, j’ai pu montrer que ce poste me convenait réellement. On jouait en 4-2-3-1 avec un vrai 10. Il fallait aussi avoir les bons coéquipiers pour assumer ce type de formation et c’était le cas. C’est comme cela qu’on est arrivé à monter en Super League. 

Quand je dis numéro 10, ça fait peur. Maintenant on joue avec deux 8 ou deux attaquants. C’est compliqué de trouver des équipes qui joue avec ce poste particulier et en plus, je suis gaucher. 


Meho Kodro m’a totalement positionné en numéro 10.


Tu as signé en Roumanie à la surprise générale. Comment l’expliques-tu ? 

Le plus important dans le football, c’est d’être décisif. Les gens aujourd’hui ne regardent que les statistiques. Je ne te cache pas que je pensais avoir plus d’opportunités mais le covid, notamment, a ralenti les propositions. À 30 ans, les clubs savent qu’ils ne gagneront pas d’argent avec moi, donc cela n’a pas été simple. 


Le plus important dans le football, c’est d’être décisif.


Meho Kodro a été ton coach au Servette FC. Explique-nous son apport dans ton évolution. 

Clairement, beaucoup de mouvement sans ballon. Il me disait qu’on ne me voyait pas assez. Avec lui, j’ai eu cette assurance pour être toujours en décalage pour que les joueurs puissent me trouver. Ressortir par derrière, jouer au sol etc… Il avait beaucoup d’exigences, peut être trop pour la deuxième division suisse. On s’est appuyé sur les bases qu’il avait mises en place. Il m’a beaucoup apporté, c’est clair. 

J’ai toujours admiré l’Espagne, c’est le championnat où cela joue le mieux au ballon. Même en troisième division, cela joue au football. Cet amour du football qu’ils ont, c’est particulier. 


Courbis aimait bien faire vivre le ballon.


Tu as fait partie de l’effectif montpelliérain contre Bordeaux. Tu t’en souviens ? 

Je me souviens de tout. Je crois que c’était le dernier match à Chaban Delmas. J’ai même fait les deux stades, il me semble. Quand je suis arrivé à Montpellier, il y avait de super techniciens comme Jonas, Dabo, Barrios, Sanson, Boudebouz, etc… Courbis aimait bien faire vivre le ballon. Cette année, on n’était pas au top au niveau classement mais techniquement, c’était solide. 



Parle nous de Rolland Courbis

Rolland, c’était un peu particulier car il était au téléphone sur le terrain et laissait les entraînements à ses adjoints et je n’avais jamais vu ça auparavant (rires). 


Quels étaient les joueurs avec qui tu t’entendais le mieux sur le terrain au Servette ? 

Stefanovic est arrivé sur la demande de Kodro. On avait cette complicité sur le côté droit avec lui. C’est un joueur généreux. Cognat aussi, arrivait à casser les lignes et à se projeter vite. Il accélérait le jeu. J’avais un lien particulier avec ces deux là. 


Tu as aussi connu Alain Geiger. Quel entraîneur est-il ? 

Geiger est à l’opposé de Kodro. Kodro ne faisait pas de distinction entre les jeunes et les expérimentés mais il était sûrement trop pointilleux. Geiger n’est pas un grand communiquant par contre, c’est quelqu’un qui sait écouter et il a su laisser faire, laisser vivre le groupe par ses cadres. Il nous a toujours dit, « je vous donne mais vous me donnez en retour ». Dans une équipe, c’est 4-5 cadres qui sont importants. En Super League, à un moment, on ne gagnait plus et c’est avec la parole qu’on s’en est sorti. Kodro ne parlait que espagnol, c’était compliqué pour la communication et il avait des manières de faire particulières. Mon cas particulier, je joue titulaire, le match d’après à Xamax je suis en tribune, et le match suivant, je suis titulaire. Il n’y a que Kodro qui pouvait faire ça. 


Geiger n’est pas un grand communiquant par contre, c’est quelqu’un qui sait écouter


Gael Ondoua est l’une des révélations de la saison 2019-20. Comment analyses-tu ses performances ? 

Je n’ai fait que 6 mois avec lui. Quand on évoluait en deuxième division, on jouait en 4-4-2 en losange. On marquait beaucoup de buts mais on en prenait aussi. Il fallait stabiliser le milieu de terrain. Beaucoup de clubs l’ont suivi cet été comme Valence, physiquement il est très fort pour casser les contre-attaques, je n’ai jamais vu un tel abattage. C’est un monstre. Quand tu as une personne comme ça derrière toi, tu peux lever le pied (rires). Il ratisse tous les ballons. Il nous a grandement aidé à faire de beaux résultats l’année dernière. J’aimais bien ce joueur car il savait ce qu’il pouvait faire ou ne pas faire. On en parlait souvent, ça lui a fait mal que je parte car c’était un peu le Gattuso qui joue simple et moi, j’étais le relais d’attaque. J’animais le côté offensif. Cela lui suffisait et ne grattait pas pour faire les coups-francs et c’était là aussi sa force. 


Ondoua est un monstre 


Comment vois-tu la politique de recrutement au Servette ? 

La première division suisse est sous-estimée. Je me souviens quand je suis arrivé à Montpellier, j’avais fait 150 matchs pro en Super League et c’était comme si je n’avais rien fait. Alors imagine quand on te propose la deuxième division, tu as du mal à recruter. Après avec les infrastructures du club, tu peux être ambitieux même si je pense que le club est prudent. 

L’argent, c’est le nerf de la guerre. Avec Gérard Bonneau en faisant venir des Français qui ont du mal à s’imposer, c’est leur politique. C’est ce genre là qu’ils vont recruter. Les trois faillites sont encore dans les têtes. Cognat était indésirable à Lyon, Valls avait du mal à Nîmes, Ondoua était perdu dans les pays de l’Est…Je pense que c’est une bonne vision pour le Servette FC. Le club va continuer de grandir. 


Avec les infrastructures du club, tu peux être ambitieux


Merci Sebastien ! 

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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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