Thorsten Fink : "Les Girondins de Bordeaux sont un club avec beaucoup d’atouts pour grandir."

Le 18 11 2020 à 18h45

Après avoir quitté le Vissel Kobe il y a peu, Thorsten Fink se ressource chez lui et répond à nos questions afin d'évoquer sa vision du football ainsi que les Girondins de Bordeaux.

Vainqueur de la Ligue des Champions avec le Bayern Munich en 2001 aux côtés de Bixente Lizarazu, Thorsten Fink, devenu entraîneur, est actuellement libre après son expérience au Vissel Kobe où il a notamment mené Andrès Iniesta et Thomas Vermaelen vers une Coupe du Japon l’année passée. Passé entre les mains expertes de Giovanni Trapattoni, Fink cherche actuellement un projet ambitieux où insuffler sa passion et son expérience. 


Bonjour Thorsten, vous avez entraîné Vissel Kobe au Japon. Que représente le football dans leur culture ? 

C’est un pays très surprenant où de nombreux joueurs de bons niveaux évoluent. Si le football est bien implanté, le baseball est le sport numéro un là-bas. Je n’ai gardé que des amis et des bons souvenirs. Je n’ai jamais ressenti d’agressivité. C’est tout le contraire. Dans les stades, les gens viennent pour t’encourager et ne cherchent pas autre chose. C’est très plaisant. 


Kobe était une formidable expérience


Vous avez mené Iniesta, Vermaelen, Yamaguchi. Des joueurs de classe internationale. Comment dirige-t-on ce type de joueur ? 

Ce sont des joueurs de stature internationale en effet. Quand tu es entraîneur dans ce genre d’équipe, tu ne vas pas apprendre à faire des passes ou à tirer à des joueurs qui ont déjà connu beaucoup de choses et pour Andrès, tout connu. Cependant, l’important c’est de créer un groupe, de bâtir de bonnes relations pour qu’un message passe. Cela aussi met la barre haute, car tu ne peux pas improviser une séance d’entraînement avec ce type de joueurs sur le terrain. Tu dois vraiment tout penser et tout calculer pour être au niveau où eux, sont. Sinon, cela se voit rapidement. Je pense que nous avons réussi à faire quelque chose ensemble, et je garde encore pour moi les mots que nous avons échangés avec Andrès lors de mon départ. Ils m’ont touché et venant de quelqu’un comme lui, encore plus. Je suis parti en étant en bons termes avec tout le monde. Le football est un business, quand tu fais ce métier, tu le sais mieux que personne et il faut l’accepter dès le début. Kobe était une formidable expérience. 


Je m’efforce de bâtir mon propre style.


Vous avez connu de nombreux entraîneurs durant votre carrière. Qu’en retenez-vous ? 

Tu as raison, j’ai connu de nombreux coachs de très haut niveau quand j’étais joueur. Seulement, je vais peut être te décevoir mais je m’efforce de bâtir mon propre style. Si j’ai apprécié chacun d’entre eux, c’est maintenant à moi de faire comme je l’entends avec l’expérience que j’ai eu et ma vision du football actuelle. 


Une expérience avec Trapattoni vaut bien des diplômes.


Vous avez notamment débuté avec Trapattoni en remplaçant aussi Matthaus à Salzbourg. Quels principes de jeu vous a-t-il légué ?

J’ai eu la chance d’être 6 mois l’assistant de Monsieur Trapattoni. Un gentleman qui sait comment gagner des titres. Sa carrière parle pour lui. Quand tu es aux côtés d’un homme pareil, tu comprends comment atteindre le haut niveau. Une expérience avec lui vaut bien des diplômes.  


Difficile de ne pas vous parler de Winfried Schaffer qui a bâti Karlshrue. Que vous a-t-il apporté ? 

Avec « Winnie » nous avons toujours d’excellentes relations, je l’appelle encore pour parler football et cela peut durer un moment avec lui. C’est grâce à lui que j’ai connu mes premiers grands moments en tant que professionnel au KSC et mes premiers pas en Coupe d’Europe. C’est quelqu’un qui sait créer des groupes et les emmener au bout. Il sait repérer les joueurs et les faire regarder vers la même direction, je lui dois beaucoup. 


La discipline est la clé de tout succès.


Comment se matérialise votre culture germanique dans vos séances ? 

Dans mes séances, je compte beaucoup sur la discipline. Pour moi, elle est inhérente à toute structure. Sans cela, tu ne peux pas développer une force de travail nécessaire, tu ne peux pas faire vibrer une passion commune et in fine, aller chercher des résultats de haut niveau. Le cliché est peut être gros, mais en Allemagne, la discipline est la clé de tout succès. 

Mais il ne faut pas oublier de prendre du plaisir, c’est aussi quelque chose qu’on oublie quand on parle du football allemand, c’est qu’en pressant haut, l’objectif est de récupérer le ballon le plus rapidement possible pour aller marquer des buts, un maximum de buts. 


Bordeaux est un club avec beaucoup d’atouts pour grandir.


Que vous inspire un club comme les Girondins de Bordeaux ?

J’adore ce club. Il y a tout pour réussir chez vous. Je me souviens bien des confrontations avec Karlshrue où Zidane, Dugarry et Lizarazu jouaient. J’ai d’ailleurs eu la chance d’avoir Bixente comme coéquipiers et ce fut un plaisir que de jouer à ses côtés. Nous échangerons encore et nous devons nous voir. Cela fait vingt ans que nous avons remporté la Ligue des Champions et c’est quelque chose qui nous liera à jamais. La ville de Bordeaux est aussi magnifique. C’est un club avec beaucoup d’atouts pour grandir.  


Du président au directeur sportif en passant par l’intendant, tous doivent regarder dans la même direction.


Quelles sont les clés pour remettre à flot un club malade ? 

Les leviers à identifier sont simples en réalité. Il faut repartir à la base. Ce qui fait la force d’un groupe, d’un club, ce sont les relations entre les gens et l’envie qu’à chacun d’entre eux à se dépasser. Du président au directeur sportif en passant par l’intendant, tous doivent regarder dans la même direction. C’est essentiel si tu veux rétablir la barre vers le succès. Le football n’est pas une science exacte mais les clés du succès se ressemblent : une vision et une ambition commune. 

Concernant les joueurs, tu dois beaucoup échanger avec eux pour leur insuffler de la confiance et désamorcer certaines situations toxiques. Quand un joueur ne prend plus de plaisir et est étouffé par la pression, il ne peut pas jouer libéré, ce n’est pas vrai. Il faut qu’il y ait du calme, de la bonne humeur, il fait qu’un joueur aime aller à l’entrainement pour jouer, se dépasser, voir ses copains. C’est la base du football. Si tu viens seulement parce que ton contrat l’indique, ce n’est pas bon. C’est aussi à l’entraîneur de créer ce climat. Ce climat dans lequel la performance peut renaître. J’en reviens à ce que je disais plus haut, les relations humaines sont incontournables dans ce métier. Un entraîneur doit aussi connaître la vie privé de ses joueurs pour savoir ce qui peut aller ou clocher. Quand on parle de groupe, ce n’est pas seulement un mot choisi au hasard, c’est que nous vivons ensemble toutes les émotions. 


Quand un joueur ne prend plus de plaisir et est étouffé par la pression, il ne peut pas jouer libéré


Vous souvenez-vous du carton rouge de Zidane en 1995 ? 

Tu reviens dessus (rires). Oui, je me souviens de cette action. Nous savions qu’il était difficile de gagner contre cette équipe de Bordeaux, il y avait beaucoup de talents et Zidane en était le fer de lance. J’ai joué très dur sur lui pour le faire sortir de son match et ça a marché en quelque sorte (rires). Je n’ai pas été étonné de les voir aller si loin en Europa League ensuite. Il y avait beaucoup de joueurs de classe internationale dans cet effectif à l’époque. 


Je n’ai pas été étonné de voir les Girondins aller si loin en Europa League


Qu’avez-vous envie de dire aux fans bordelais ? 

Je souhaite à tous les fans de pouvoir revenir rapidement au stade encourager de nouveau leur équipe. C’est une situation particulière mais Bordeaux doit retrouver les sommets européens qu’il a connu, et je sais de quoi je parle (rires). Bordeaux est une équipe qui doit jouer l’Europe chaque année, beaucoup de joueurs en sont sortis, il faut que cela perdure. Je souhaite aussi à tous les supporteurs de ce club de prendre soin d’eux. 


Merci Thorsten 



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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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