Marc Roger : "Medioub peut être le nouveau Laurent Blanc"

Le 09 08 2020 à 18h51

Pour Leero Sport News, Marc Roger évoque sa carrière d'agent, propose son analyse du football, le tout agrémenté d'anecdotes autour des Girondins de Bordeaux.

Marc Roger, l’un des agents les plus importants du football français des années 90 et ancien président du Servette Genève revient sur sa carrière et nous explique le fonctionnement d’un club ainsi que son analyse du football français, le tout assorti de quelque anecdotes croustillantes autour des Girondins de Bordeaux. 


Bonjour Monsieur Roger, quelles sont les prérogatives d’un président de football ? 

Les missions au quotidien, c’est la gestion du club. Les rendez-vous avec les instances, la gestion du personnel y compris les joueurs, c’est une entreprise. 


Comment bâtit-on un projet sportif quand on est président ? 

En général, cela dépend de quel niveau joue l’équipe. Savoir quel était le résultat de l’année précédente. Le résultat prime toujours en football. La politique est aussi à gérer car lorsqu’il y a de mauvais résultats, parfois le maire s’en mêle et vous l’avez vu à Bordeaux (rires).


Le résultat prime toujours en football


Comment trouve-t-on des partenaires financiers ? 

Il y a des entreprises spécialisés qui travaillent pour le club. Après, trouver des sponsors, ce n’est pas facile surtout avec la conjoncture actuelle. Le football a une image un peu ternie par ce qui s’y passe. Ce n’est pas le président qui part à la recherche de sponsors. A partir de là, c’est le directeur commercial qui s’en charge. Vous le voyez, dans le budget des clubs, la partie sponsoring ne représente généralement pas grand chose. 

On achète des loges pour amener ses clients, cela développe du relationnel. Si le club a des résultats, c’est encore mieux. Quand j’avais le Servette, on avait des loges louées et cela faisait du networking. 


Dans le budget des clubs, la partie sponsoring ne représente généralement pas grand chose


On parle beaucoup du poste de directeur sportif en France. Quel est son importance selon vous ? 

J’avais la volonté de reprendre un club de football pour voir mes enfants au quotidien car le métier d’agent est un métier de fous, on n’est jamais chez soi. Rechercher un directeur sportif sur Linkedin, cela me fait sourire. Mais je ne crois plus au poste de directeur sportif. Par exemple, le fonctionnement de Lille est le meilleur, c’est à dire, une équipe de scouting indépendante, qui est rémunérée sur les plus-value ou les moins value. Vous avez un contrat sur une durée x, mais pour un club, c’est la solution pour avoir un recrutement différent et compétent. Regardez ce qui s’est passé avec Garcia à Marseille qui a plombé le recrutement. Les entraîneurs sont de passage, la durée moyenne d’un entraîneur est de douze mois. Il doit donner son avis mais il ne doit pas être décisionnaire car lorsqu’il s’en va, le club se retrouve en difficulté. 

Les clubs sont réticents à faire appel aux anciens joueurs. Il faut pourtant les garder dans le club. Je l’avais dit à Kita à Nantes, je lui avais dit de s’entourer d’anciens. C’est ce que je ferais à Bordeaux et pour ça, Triaud savait s’entourer. Par exemple, Ulrich a été un grand joueur historique. Je le connais. Il est sympathique et agréable.

Après ce n’est pas parce qu’on a été un bon joueur qu’on sera un grand recruteur. En général, les propriétaires travaillent avec leurs réseaux, c’est comme ça.


Le fonctionnement du LOSC avec une cellule de recrutement indépendante est pour moi la meilleure solution


Loic Perrin a pris sa retraite il y a peu, quel est votre oeil sur la fidélité à un club ? 

Aujourd’hui, vous avez des jeunes joueurs qui n’ont pas la volonté de faire leur carrière dans le même club. Il n’y a plus de joueurs qui s’identifient au club. Quand ils embrassent l’écusson du club, cela me fait sourire. L’image a pris le dessus sur beaucoup de choses. 


Quelle est l’importance du centre de formation dans un club professionnel ? 

Déjà, il y a une obligation d’en avoir un. La Ligue vous impose un centre de formation. Cela coûte très cher au club par rapport aux joueurs que vous sortez. Regardez les clubs qui gagnent la Gambardella, combien de joueurs passent pro ? Très peu. Il y a des clubs qui investissent quasi 15 millions d’euros dans la formation. Le fonctionnement coûte très cher. 


Le centre de formation d'un club coûte très cher par rapport aux joueurs que vous sortez


A Bordeaux, le démissionnaire Souleymane Cissé qui était en charge du centre de formation avait une académie en Côte d’Ivoire sous contrat exclusif avec l’OGC Nice. Qu’en penserez le président de club que vous étiez ? 

Je l’ai croisé une fois donc je ne le connais pas bien. Je ne savais pas qu’il avait cette académie en Côte d’Ivoire. Pour moi, il faut axer sur un recrutement régional pour avoir une identification plus forte au niveau du club. C’est sûr que si vous prenez des joueurs de partout en Europe, c’est difficile même pour les supporteurs de s’identifier. 


Il faut axer sur un recrutement régional pour avoir une identification plus forte au niveau du club


Votre oeil sur le sulfureux Hugo Varela ? 

Je ne l’ai pas rencontré. J’ai juste vu qu’il était lié à GACP et à Da Grosa. C’est quelqu’un qui met des gens en relation. Je ne l’ai jamais croisé dans le métier d’agent. Il a trouvé ces investisseurs et cela n’a pas duré très longtemps. 


Pensez-vous que Macia était l’homme de la situation aux Girondins ? 

Le problème d’Eduardo Macia c’est que s’il n’a pas les moyens de recruter, il ne peut rien faire. Les investisseurs rachètent le club 100 millions d’euros mais derrière, ils ont coupé les robinets. Pour moi Lille travaille très bien. C’est selon moi le club qui gère le mieux son recrutement en France. Monsieur Campos a les moyens d’aller dénicher des pépites partout en Europe. Pour moi, Macia est compétent mais il n’a pas eu les moyens financiers.

Cependant, le petit Khacef, je peux vous garantir qu’il est très fort. Macia ne s’est pas trompé sur lui comme sur Medioub, le défenseur central. L’année derrière, il a joué contre le PSV avec son club de Tbilissi, c’est un Laurent Blanc en puissance. Rien à voir avec Pablo et Jovanovic. Il a été blessé pendant 3 mois, le temps qu’il revienne c’était le confinement. Il fait 1m97, il sait casser les lignes. Pour moi, c’est le duo rêvé avec Koscielny.


Vous pensez qu’il peut mettre Pablo sur le banc ? 

Pablo, je pense qu’avec sa blessure aux croisés, cela va être compliqué pour lui de revenir au top niveau. J’avais rencontré Poyet que je connais bien qui à l’époque m’avait montré les propositions russes incroyables pour lui, dont Krasnodar et le joueur ne voulait pas y aller. Il voulait rester aux Girondins. 


Ce sera compliqué pour Pablo de revenir au top niveau après s'être fait les croisés


Vous qui avez été président, comment choisit-on un recruteur ? Les supporteurs se demandent comment Ollie Waldron a été recruté. 

Il faut qu’il ait des références. Tout simplement. Celui que j’aimais bien à Bordeaux c’était Paul Marchioni. Yaya Touré, Essien, c’était lui et je pourrais faire une longue liste. Un des plus récent, c’est Malcom que vous avez adoré à Bordeaux. Maintenant, je crois qu’il est un peu à la retraite en Corse. 


Paul Marchioni a découvert Yaya Touré, Essien et Malcom notamment.

 

Vous avez président du Servette Genève et actuellement à Bordeaux, Longuépée est très critiqué pour sa gestion. Comment voyez cela ? 

Je ne le connais pas mais c’est sûr, que les résultats ne jouent pas pour lui. Si il était deuxième de Ligue 1, les supporteurs chanteraient son nom, c’est comme ça. Connaître l’histoire du club, être à l’écoute, c’est très important aussi. Quand on est président, on peut vous reprocher le recrutement, les résultats. Mais si vous ne connaissez pas le terreau local… il aurait fallu peut être prendre un conseiller comme Ramé, Dugarry, Lizarazu. Des gens qui connaissent le club et la région. Malheureusement, le fonds d’investissement ne veut pas mettre de l’argent.


Il aurait fallu que Longuépée s'entoure d'un conseiller qui connait le terreau local


Il y a une histoire folle à Bordeaux, c’est celle de la coiffeuse Raquel qui a réussi à sortir des mandats du club. Qu’auriez-vous fait si elle vous avait sollicité ?

Je me renseigne, je l’écoute, si elle me présente des joueurs, je vérifie la faisabilité. Après elle a été attaquée par un agent à propos d’une opération. Effectivement, si l’agent a travaillé, il faut respecter son travail. Après, j’ai entendu dire que le joueur avait refusé de signer la convention tripartite. C’est le monde du football. Il y a trop de monde aujourd’hui. Pour un joueur, vous avez 3-4 agents qui débarquent, des fois même la famille qui vous soumet plusieurs sons de cloche. Vous avez des présidents qui sont à l’épuisement. Le plus gros problème du football français, c’est la famille du joueur. Vous allez en Espagne, un jeune commence avec un agent et il fait toute sa carrière avec. Je vous mets au défi de trouver un joueur français qui n’a pas changé d’agent plusieurs fois. C’est un problème de mentalité. Courbis et Bernes perdent leurs joueurs. Qui ne les perd pas ? 


Le plus gros problème du football français, c’est la famille du joueur.


Anthony Thiodet qui était l’un des dirigeants a aussi été très critiqué. Qu’auriez-vous fait après avoir entendu ses propos irrespectueux et illégaux qui tournaient en boucle sur les réseaux sociaux ? 

Il y a le respect à avoir pour les gens de la ville, du club. Il y a des méthodes et une façon de faire. Quand tu ne respectes pas ça, cela te revient dans les dents en général. Après je ne le connais pas. 


Que pensez-vous de la situation actuelle du club. Que feriez-vous pour redresser la barre ? 

Il y a peut être une restructuration à envisager. Il va falloir se reposer sur les joueurs du club. Remotiver tout le monde, faire une réorganisation. Limiter le nombre de joueurs, d’employés. Equilibrer les comptes et promouvoir un peu plus les jeunes de qualité. 


Comment vend-on un joueur ? 

Il y a des gens qui sont plus compétents que d’autres pour vendre des joueurs. Aujourd’hui, il n’y a plus de mensonge sur la qualité d’un joueur. Kamano a travaillé avec un agent de qualité qui travaille avec Mané, notamment. Il aurait fallu le prêter afin de le revaloriser. Il vaut mieux prêter un joueur que le garder en sur-effectif. Ce n’est pas de la trésorerie immédiate mais cela peut rendre service dans l’avenir. Si l’entraîneur ne compte pas sur lui, il faut le prêter pour ne pas perdre ce qui a été investi. Après si l’entraîneur pense pouvoir le relancer, il faut écouter et suivre. 


Auriez-vous recruté Sousa ?

Il a des qualités pour être un bon entraîneur. Il m’aurait convaincu. Après pour le recrutement, c’est autre chose. Il choisi les postes mais après c’est la cellule de recrutement qui doit gérer l’arrivée des joueurs. 


Sousa a des qualités pour être un bon entraîneur. Il m’aurait convaincu.


C’est à dire ? 

Il faut que les choses soient claires dès le départ. On a tel budget, on se sépare de tels joueurs, on fait une liste de 5-6 joueurs et on avance. Charles Camporo est resté longtemps aux Girondins de Bordeaux alors que de nombreux entraineurs se sont succédés. Personnellement, si vous me demandez, je recruterais Charles Camporo en tant que conseiller. Il a de la bouteille, il a du réseau et connait le club. 

Il faut faire par rapport à son budget et recruter malin avec des prêts. Oudin était un joueur qui intéressait beaucoup de clubs. Il plaisait à toute la cellule de recrutement à Bordeaux. Après, je pense qu’un recrutement comme Koscielny est un bon recrutement. Sans blessure, il aurait fait la Coupe du monde, il ne faut pas l’oublier. Sur le plan sportif, ce sont des joueurs qui peuvent apporter. Sur les salaires, chaque président fait à sa sauce. Regardez Marseille, ils n’arrivent plus à assumer les salaires. 

Je pense que la situation compliquée de Sousa à Bordeaux devrait évoluer rapidement et selon moi avec la vente de Kamano, la personne idéale serait Jean-Louis Gasset. 


La situation compliquée de Sousa à Bordeaux devrait évoluer rapidement et selon moi avec la vente de Kamano, la personne idéale serait Jean-Louis Gasset. 


Comment voyez-vous cela ? 

Jean Louis Gasset est un homme qui connait le football, qui a l’expérience, qui sait mobiliser un vestiaire et surtout qui sait être adoré par ses joueurs. Il connait la maison bordelaise et avec quelque prêts comme Andrés Colorado au milieu par exemple, cela pourrait être le retour des Girondins au premier plan. Mais je le répète, la meilleure solution de recrutement serait une cellule indépendante comme à l’image de Lille. Si on me demandait, j’y mettrais Paul Marchioni, Jean-François Larrios et Edson Carpeggiani pour la faire tourner et croyez-moi qu’il y aurait des plus-value. 


Avec Gasset, cela pourrait être le retour des Girondins au premier plan


Que pensez-vous de l’évolution du métier d’agent ? 

Il y a beaucoup trop de monde. En 1989, on était une quinzaine. Les joueurs et les clubs n’étaient pas archi sollicités comme aujourd’hui. Il y a des présidents de club qui à 10h ont la messagerie pleine et qui reçoivent plus de 500 WhatsApp par jour. C’est devenu n’importe quoi. Vous avez des joueurs qui ne connaissent pas le mot « exclusivité », ils signent 3-4 mandats de représentation. Mais c’est le cas dans d’autres secteurs d’activité. 

C’est un métier que vous ne pouvez pas faire en dilettante. Il faut le faire à fond. Certains sont agents immobiliers et pensent embrasser la carrière d’agent parce qu’ils ont vendu un appartement à un joueur ou autre. Mais je peux vous dire qu’il faut y être tout le temps. Parfois, je partais un mois et demi sans rentrer chez moi. Je ne savais même plus où était ma voiture sur le parking des gares et aéroports. C’est un métier de célibataire. D’ailleurs à l’époque, on a tous divorcé. Diouf, Dobraje, Larrios etc…Et quand il y a eu l’arrêt Bosman, ça a été pire parce qu’on ne voyageait qu’en France et puis après cela a été à l’international. J’ai fait jusqu’à trois pays dans la même journée. 3 négociations différentes. Pas mal, non ?


Après l'arrêt Bosman, j'ai fait jusqu'à 3 négociations par jour dans trois pays différents


Quel est le plus beau transfert que vous ayez réalisé avec Bordeaux ? 

Je me suis fâché avec Jean Louis Triaud après le transfert de Sylvain Wiltord à Arsenal. Charles Camporo nous accompagne à l’aéroport où le président du club londonien nous avait affrété un avion pour nous. On part sur Londres pour présenter le joueur et Charles me confie qu’il ne pensait pas que Jean Louis Triaud allait céder. Je ne sais pas si vous vous souvenez mais Sylvain ne s’était pas entraîné pendant un mois. Les rendez-vous avec Arsène Wenger et la direction bordelaise s’étaient mal passés. Ayant placé Ziani à la Corogne, je dis à Camporo sur le tarmac de prendre Pauleta. Lui n’était pas chaud du fait qu’il était troisième sur la liste des attaquants. J’arrive à le convaincre que c’est un super joueur en lui disant même qu’il est plus fort que Wiltord. Je pense que si je n’avais pas parlé de Pauleta à Camporo, je suis sûr qu’il ne serait pas venu à Bordeaux. 

Vous imaginez, Jean Louis Triaud m’en a toujours voulu pour ce transfert alors que le transfert a rapporté 135 millions de francs tandis que j’avais transféré l’année précédente Thierry Henry de la Juventus à Arsenal pour 65 millions de francs. Cherchez l’erreur. 

Pour Sylvain, c’est un transfert que je ne referais pas car par la suite, j’ai perdu Ziani, Bonnissel et Feindouno et je me suis brouillé avec Triaud que je respecte beaucoup.


Jean Louis Triaud m’en a toujours voulu pour le transfert de Wiltord alors que le transfert a rapporté 135 millions de francs à Bordeaux


On a parlé de Arsène Wenger à Bordeaux. Qu’en pensez-vous ? 

J’ai été son agent pendant quelque années, je peux même vous dire que c’est un ami. Nous en avions parlé à l’époque. Anderlecht était venu aux renseignements aussi. Mais Arsène, il ira dans un club qui pourra gagner la Ligue des Champions sinon il ne bougera pas. 


Arsène Wenger à Bordeaux ? Nous en avions parlé à l'époque mais il ira dans un club qui pourra gagner la Ligue des Champions


Quels ont été les plus grands joueurs que vous avez tenté de faire venir en Ligue 1 ? 

J’ai été à deux doigts de faire signer Batistuta au PSG. J’avais rencontré tous les financiers du groupe Vivendi. Michel Denisot m’avait branché avec eux. Après, ils n’ont pas voulu prendre le risque et je les comprends. J’ai failli faire signer Ronaldo, le Brésilien lorsqu’il jouait à Barcelone à Arsenal. Mais cela a pris du temps car le club voulait faire intervenir Nike au niveau des salaires alors qu’Arsène en rêvait. Aucun joueur n’avait survolé une saison à Barcelone comme il l’a fait. C’est Laurent Blanc qui me le fait rencontrer à Barcelone et il avait fait mettre une clause manuscrite dans son contrat avec une clause libératoire. Quand nous nous sommes vus, il m’a dit qu’il était malheureux en Catalogne car le club n’avait pas respecté ses engagements au niveau de sa famille. Il voulait jouer en Angleterre et quand j’ai parlé de sa clause à Arsène, il était comme un fou, il le voulait absolument. J’étais tellement sûr de le faire signer à Arsenal que je n’ai même pas fait jouer la concurrence mais ça a traîné et la suite on la connait. 


Ronaldo était malheureux en Catalogne et voulait jouer en Angleterre. Il aurait pu signer à Arsenal avec la clause libératoire dans son contrat.


Et avec Bordeaux ? 

J’ai amené Zidane et Dugarry chez Luis Fernandez en 1995-96. C’était bien avant le quart de finale face au Milan . La démarche n’a pas plu à Denisot qui s’est braqué et a finalement pris Loko et a prolongé Rai. Tandis que Michel Benguigui m’avait signé un papier dans les bureaux de Afflelou sur les Champs Elysées au premier étage pour vendre les deux 45 millions de francs. Si vous voulez une anecdote, j’étais jeune parisien depuis un mois. Je vais chercher les deux à Roissy et pour aller chez Luis, place des Ternes, j’ai mis une heure et demi tellement je me suis perdu. Dugarry me dit « on a mis une heure pour faire Bordeaux-Paris et là, ça fait une heure et demi qu’on tourne dans Paris, t’es sûr qu’on va le voir ? ». A la fin, j’ai donné 20 ou 30 francs à un taxi qui nous a amené chez Luis. Mais si Michel Denisot avait voulu, il aurait pu avoir Duga et Zizou à Paris car à l’époque, il n’y avait pas encore la Juventus ou le Milan AC. 


Quelque temps avant le match face au Milan AC, Benguigui m'avait signé un papier pour vendre Zidane et Dugarry 45 millions de francs


D’ailleurs qui met la Juventus sur la piste de Zidane ? 

C’est Rolland Courbis qui a convaincu la Juventus de prendre Zidane. Il faut le savoir. Quand il habitait Monaco, il côtoyait ces gens là. Il allait au ski avec eux. Au niveau de la persuasion, il n’y a que Bernard Tapie qui joue dans sa catégorie. Il sait convaincre un joueur de faire des efforts financiers pour venir dans le club qu’il entraîne.

Il a convaincu Duga et Pires de venir à Marseille et même mieux, il a convaincu Makélélé de venir à l’OM alors qu’il sortait d’une grande saison au FC Nantes, alors que la Juventus, Valence et l’Inter se battaient pour lui. Mais Claude a été clair : « je veux jouer à l’OM ». Et finalement, il a fait la pire saison de sa carrière et il loupe la Coupe du Monde. Il m’appelait des fois pour me dire « Marc, je ne sais plus jouer au football ». Sorti du cocon du FC Nantes, il était tétanisé. Pour vous dire, Brando lui avait pris sa place. 


Rolland Courbis a convaincu la Juventus de prendre Zidane.


Vous avez été l’agent de Ibrahim Ba. Je n’ai jamais compris sa carrière. Que pouvez-vous nous dire là-dessus ? 

Tactiquement, le Milan, c’est le football italien, tu as peu d’espaces et Ibrahim, il avait besoin de croquer les intervalles. A l’époque, Ibrahim Ba était le joueur le plus rapide du monde. Pour moi, le club qui lui aurait fallu était le FC Barcelone. On avait eu des rendez-vous avec Jean Louis Triaud, Lange et Camporo. On avait trouvé un accord avec le club catalan mais après Van Gaal a tergiversé, il n’a jamais appelé le joueur et puis après le Milan est arrivé et on connait la suite. Après, il a eu un peu de malchance en se blessant gravement et puis la déception de ne pas être au Mondial 98. Pour des raisons surprenantes, il ne fait pas la Coupe du monde. Mais il faut se souvenir que la star de l’équipe de France à ce moment, c’est Ba et pas Zidane. Jacquet a pris des risques en se privant de Anelka et Ba.


Ibrahim Ba avait le jeu pour jouer au Barça, on avait trouvé un accord avec le club catalan mais après Van Gaal a tergiversé.


On soupçonne beaucoup d’accointances entre certains journalistes et les directions de clubs. Faisiez-vous fuiter vos informations à certains d’entre eux ?

Oui, cela existe, ce n’est pas un secret. Quand j’étais agent, je faisais ça avec Jérôme Touboul qui travaille aujourd’hui au PSG par exemple. Effectivement, après on avait des liens d’amitié avec certains journalistes. On s’échangeait les numéros de téléphone. On est resté amis. Les journalistes font partie du football. Au Servette, je les avais mis dans une loge et ils avaient le même traitement que les autres partenaires. 


Je ne comprends qu'on ferme les portes de la salle de presse aux jeunes journalistes indépendants. Si j'étais président de Bordeaux, je les ouvrirais


A Bordeaux, nous avons la particularité d’avoir énormément de jeunes journalistes indépendants qui traitent de l’actualité du club et qui paradoxalement n’ont pas accès au club et encore moins à la salle de presse. Comprenez-vous cela ?

Non, absolument pas, c’est absurde. Je leur aurais ouvert les portes sans soucis. Pourquoi n’auraient-ils pas accès à la salle de presse ? Pour moi, ce n’est pas normal. Quand j’étais au Servette, j’ai ouvert les portes, je ne les laissais pas sous la pluie dehors. Après vous avez des présidents qui ne sont pas passionnés et il y a aussi certains freins au sein des clubs qui ont leur façon de travailler en circuit fermé, c’est compliqué. 


Quand vous êtes président, le principal, ce sont les résultats


Pensez-vous qu’il faut être du sérail pour faire un bon président ? 

Je le pense en effet. Eyraud sera sûrement un bon président mais pour l’heure, il n’a pas les codes, les connexions, il vient d’un autre milieu. Les supporteurs, il faut savoir les gérer aussi. Pour vous dire, je suis allé dans les tribunes voir les matchs avec les ultras du Servette. Quand vous êtes président, ce n’est pas triste, c’était des gros mots pendant 90 minutes. Le match vous n’arrivez pas à le voir car ils sont dos au terrain. Je leur ai payé des trajets pour les déplacements, je faisais des mensualités basses pour les abonnements. Mais le principal, ce sont les résultats.


Lorsque vous avez été à la tête du Servette, vous avez réussi à faire venir Pelé en tant que président d’honneur. Racontez-nous ! 

Je suis mis en relation par un de mes meilleurs amis dans le football avec lui, je parle de Edson Carpeggiani. Pelé avait une amie brésilienne qu’il venait voir à Genève et il s’était engagé devant les médias à être le président d’honneur du Servette de Genève. Il voulait créer un partenariat avec Santos et être présent au club. Je peux vous dire que lorsque Pelé appelle pour un joueur du Servette, c’est pas pareil. Mais avec la faillite d’un de nos actionnaires, ça a été la dégringolade. C’est dommage. Je n’y pense pas tous les jours mais presque. On avait un projet exceptionnel. D’ailleurs, Christian Karembeu n’était pas venu pour rien. Pelé voulait moins voyager, il voulait s’installer, il était en pleine forme, d’ailleurs quand il a donné le coup d’envoi chez nous, il s’est mis à jongler sur la pelouse. Nous avons joué au foot chez moi. C’est un mec exceptionnel et d’une humilité, vous ne pouvez pas savoir. Pour vous dire, il a été décoré, reçu par je ne sais combien de présidents américains et autres. A Genève, j’organise un grand repas, j’invite notamment des personnages politiques et aucun d’entre eux n’est venu. A un moment, il me pousse le coude et me dit : « Marc, donde estan los politicos ? » Je lui ai dit qu’ils n’avaient pas répondu à mon invitation et à ça, il a ajouté en rigolant qu’on allait passer une meilleure soirée. Ce n’était franchement pas élégant de la part des officiels en Suisse. 


Je suis surpris de ne pas vous voir sur un plateau d’un grand média avec vos nombreuses anecdotes et connaissances de ce monde. Comment l’expliquez-vous ? 

Que ce soit MediaPro, BeIn Sport, RMC ou autre, j’ai une image écornée c’est sûr. J’ai été accusé de gestion fautive. J’ai fait 23 mois de prison pour ça. Pour information, quand j’ai récupéré le Servette, il était à moins 14 millions, quand je l’ai laissé, il était à moins 12 millions mais avec 36 millions à récupérer. J’ai dit ce que je pensais au juge et cela a pris une ampleur médiatique importante. Le chef d’inculpation c’était malversation lors de transferts frauduleux sur des opérations qui dataient de 2003 alors que j’arrive en 2004 au club. Je le mentionne au juge qui me répond que je n’avais qu’à savoir. J’avais aussi eu le malheur d’attaquer précédemment les politiques suisses sur le financement du stade qui aurait dû être le joyau du Servette et faire prendre au club un envol considérable et cela n’a pas plu. Quand j’étais en prison, j’étais le seul détenu sur 500 à ne pas pouvoir voir ses enfants. Sur ma condamnation à 24 mois avec sursis pour gestion fautive, 90% des présidents en Europe seraient condamnés avec la justice Suisse. C’est la vie mais aujourd’hui, je suis ouvert à toutes les propositions quelles soient liées à des clubs ou des médias. 


Aujourd’hui, je suis ouvert à toutes les propositions quelles soient liées à des clubs ou des médias.


Quelle est votre situation aujourd’hui ?

Je ne suis plus vraiment agent. Je rends service à des jeunes en donnant des numéros de téléphone comme on l’a fait pour moi quand j’ai commencé. Pour faire ce métier, il faut avoir de la verve car on n’est jamais chez soi.


Merci Marc ! 


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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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