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Marc-Antoine Fortuné : " Je n’étais peut être pas le profil d’attaquant que recherchait Bordeaux"

Le 04 02 2021 à 09h35

Marc-Antoine Fortuné évoque le football anglo- saxon et les Girondins de Bordeaux de la fin des années 2000

Marc-Antoine Fortuné est l'un des rares Français à avoir brillé au Royaume-Uni nous accorde quelques minutes afin d'en savoir plus sur ce football anglo-saxon qui ne triche jamais et bien sûr, l'époque où les Girondins rayonnaient en Ligue 1.


Bonjour Marc-Antoine, Es-tu toujours en activité, ou prépare-tu ton après carrière ?


Moi-même je me pose la question. On va dire que je suis toujours officiellement en activité même s’il est vrai que ça fait un an que je n’ai pas joué et que je ne me suis pas entraîné avec un club. Mais j’ai toujours espoir d’obtenir un dernier challenge parce que je suis toujours “fit”, j’ai toujours l’envie. Je me réveille le matin, je pense football donc je ne suis pas à la retraite, mais il est vrai que je la prépare comme il faut.


C’est toujours très intéressant de jouer pour la Guyanne


Est-ce que tu as pensé à porter le maillot de la Guyane française étant donné que tu es originaire de là-bas ?

C’est vrai qu’il y a une sélection depuis plusieurs années déjà qui commence à prendre de l’ampleur en jouant des compétitions telles que la Gold Cup donc c’est toujours très intéressant de jouer pour eux. A l’époque où je jouais à Wigan ils avaient reçu une convocation pour jouer pour la Guyane, mais ils avaient refusé que j’y aille. On jouait pour la montée, c'était une saison très intense. De mon côté, quand on joue en première ou deuxième division anglaise les places sur le terrain sont très convoitées et la concurrence est rude alors s’absenter deux semaines c’est compliqué alors je n’ai pas donné suite non plus. Mais j’aime ma Guyane.


Peux-tu nous dire quelques mots sur Jean-Claude Darcheville ?


Il a la main sur le cœur. C’est quelqu’un qui n’hésite pas à aider son prochain. Au début de ma carrière lui il était à Bordeaux et dès que j’avais besoin d’un conseil il était là malgré son statut dans un grand club français. Il a un bon fond, ça s'est vu sur les terrains et en dehors, tout le monde qui le côtoie peut le confirmer.


Darcheville a la main sur le cœur


En regardant ta carrière, on voit que tu passes trois ans en France avant de partir en Eredivise où tu éclos réellement juste avant Nancy. Quel est ton retour sur ce passage aux Pays-Bas ?


C’est vrai qu’on a tendance à minimiser ce qui se passe en dehors de la France. On dit que j’ai éclos à Nancy, mais en réalité tu le soulignes bien, ça se passe deux ans avant à Utrecht qui a suivi mon passage à Brest où déjà il y a eu un changement. On avait failli monter en Ligue 1 et le club a décidé de ne pas me conserver alors je suis parti à Utrecht, dans un club familial où j’ai pu totalement m’épanouir à l’abri des regards extérieurs. Puis j’ai vite progressé là-bas, je jouais contre des clubs comme le PSV, Feyenoord, le Vitesse Arnhem, l’AZ Alkmaar et bien d'autres qui sont habitués à des compétitions européennes.

On a tendance à minimiser ce qui se passe en dehors de la France


Comment es-tu passé des Pays-Bas à la France alors qu’on sait qu’il y a de fortes connexions entre ce championnat et celui d’Angleterre ?


J’ai eu des propositions de clubs anglais mais plus de Championship. Ce qui a pesé dans la balance c’est le fait qu’il soit en deuxième division alors que je cherchais le top niveau. Je cherchais en Premier League mais je n’ai pas eu d’offre alors ça ne s’est pas fait. Il y aussi eu des négociations avec des clubs hollandais dont l’Ajax Amsterdam et le Feyenoord contre qui j’avais fait un gros match mais ça ne s’est pas fait pour diverses raisons. Le club m’a ensuite demandé de rester jusqu’à la fin de la saison pour que je continue à progresser et qu’eux puisse faire une plus value sur mon transfert comme ça tout le monde était content et finalement le lendemain que j’accepte de rester, Pablo Correa m’appelle et me met très vite à l’aise pour que je vienne à Nancy qui jouait une coupe d’Europe et j’avais terriblement envie de prendre ma revanche sur la Ligue 1. J’arrive juste avant le week- end pour m'entraîner avant le match face à Toulouse d' Elie Baup et je marque pour mes débuts.


J’avais terriblement envie de prendre ma revanche sur la Ligue 1


On parlait de Brest juste avant, c’est Albert Rust qui était ton entraîneur à cette époque et qui t’as lancé réellement en Ligue 1, est-ce que tu peux nous parler de lui ?


C’est lui avec qui je m'engage à Brest effectivement. Il reste un coach plutôt réservé, c'est beaucoup d'heures de communication. Mais à Brest, c'est toute une équipe, ça part du directeur sportif Philippe Goursat que j’ai connu à Angoulême mon premier club en France. C’est eux qui ont tout fait pour que je vienne.


Il faut que je te demande.. Comment ça se fait que tu n’es jamais signé à Bordeaux ? On a parlé de toi à Lyon qui te voulait absolument et Bordeaux aussi. Jean-Louis Triaud ne t'as jamais appelé ?


Non malheureusement je voyais cette info dans les journaux aussi mais je n’ai jamais eu d’appel. Je faisais des gros matchs à cette époque dans les équipes réserve d’Angoulême et l’équipe qui me faisait envie dans le Sud-Ouest c’était Nantes. Pourtant j’aurais bien aimé rester dans la région, surtout à Bordeaux. Le problème que j’avais aussi c’est que je n’étais pas un gros buteur et je n’étais peut être pas le profil d’attaquant que recherchait Bordeaux à ce moment-là.


Je n’étais peut être pas le profil d’attaquant que recherchait Bordeaux


Après ton retour en Ligue 1, tu es parti en Angleterre et aussi du côté du Celtic, est-ce-que tu peux nous parler du Old Firm pour les plus jeunes qui nous lisent ?


Le Old Firm ça ne s'explique pas, ça se vit ! Pour donner une idée de ce que c’est, la veille du Old Firm je suis allé parler à un coéquipier écossais pour lui dire que je devais aller en ville récupérer quelque chose et il s’est mit à rire. Je lui demande pourquoi et mon coéquipier m’explique que la veille du derby, personne ne sortait car les rues sont trop dangereuses tellement la rivalité est forte entre les deux clubs de Glasgow.

Pour parler de mon départ sinon, je décide, après 3 ans à Nancy, de partir en prêt au mercato d’hiver à West Bromwich qui était pour moi le but ultime donc j’ai pas hésité. Ça s'est très bien passé pour moi, j'ai découvert la Premier League avec Chelsea, Arsenal, Manchester, enfin tous ces clubs qui font rêver un jeune footballeur. Alors je ne me suis pas posé de question j’ai pris du plaisir sur le terrain, je jouais au football tout simplement. A la fin de mon prêt, je suis retourné à Nancy et le coach de West Brom m’appelle pour me dire qu’il part entraîner le Celtic et qu’il aimerait que je joue pour lui. Le club a fait une offre pour moi et voilà ça s’est fait.

Le Old Firm ça ne s'explique pas, ça se vit !


Et c’est là-bas que tu fais la rencontre de Landry N’Guemo !


Oui, alors je suis arrivé avant lui, je savais que le club voulait recruter un milieu et c’est moi qui ai poussé en donnant son nom pour son arrivée. Arriver en Ecosse, qui est bien différent de l’Angleterre, avec un ami qui joue dans la même équipe, c’est que du bonheur.


C’est moi qui ai poussé pour la venue de Landry N'Guémo au Celtic


Tu arrives dans une belle équipe du Celtic avec beaucoup de joueurs emblématiques, est-ce que tu sens que tu arrives au haut niveau à ce moment-là ?

Non pas réellement. Quand les gens me disent que j’ai joué ici où là je ne me rendais pas compte de ce que je faisais finalement. C’est aujourd’hui que je m’en rends compte mais à l’époque je saluais Georgios Samaras ou Robbie Kean comme si c’était normal. J’avais un contrat je venais pour jouer au football et je n’avais pas conscience de ce qu’il se passait.


Je saluais Georgios Samaras ou Robbie Kean comme si c’était normal.


J’ai parlé avec Didier Santini qui est lui aussi passé par l'Ecosse, et il me racontait qu’il allait souvent à la rencontre des supporters dans les pubs parce que c’est un club très populaire. Tu faisais la même chose ?

Boire des verres dans les pubs n’était sûrement pas conseillé par le club mais oui effectivement on est très proches des supporters au Celtic. On fait beaucoup d’apparitions dans des écoles, des œuvres caritatives liées au club et dans les clubs de quartiers.

Comment est-ce que tu vois l’évolution des championnats anglais avec les droits télé démesurés et la Championship qui a le même budget que la Ligue 1 ?


Certes leurs budgets ont explosé en quelques années mais il faut bien comprendre que dans la tête d’un joueur, la Championship reste une division secondaire. Si j’avais de nouveau le choix de partir en deuxième division anglaise à cette époque en étant à Utrecht je ne le ferais pas et j’irais quand même en Ligue 1 qui reste un championnat majeur en Europe. Aujourd’hui, on voit beaucoup de joueurs de première division de tous les pays partir en Championship mais c’est plus pour des raisons économiques que sportives car ils peuvent s’aligner facilement à des salaires de Ligue 1 par exemple.


La Championship reste une division secondaire malgré l'explosion des budgets


Après ton passage à Wigan, il y a eu comme un moment de flottement dans ta carrière, comment tu peux expliquer que malgré ta côte en France, aucun club de l’élite ne t’ai appelé ?


Malheureusement je ne peux pas l’expliquer, j’étais comme toi, assez surpris de ne pas avoir plus de proposition que ça. J’ai fait un essai avec Ajaccio qui montait en L1 cette année-là en pensant pouvoir apporter une bonne expérience à ce club mais ça n’a pas suffit. On cherche des réponses à des questions qu’on ne connaît pas finalement. Mais je suis très content d’avoir signé à Coventry qui est un club mythique en Angleterre et j’ai pu aider ce club a faire une bonne saison donc aucun regret.


Tu n'as jamais eu de réel pépin physique, une carrière à la Vitorino Hilton tu y penses ?

Oui, je touche du bois évidemment, mais je n’ai jamais eu de grosse blessure. J’ai toujours eu un rythme de match élevé et ça c’est important pour les clubs. Je ne crois pas être rappelé par un club aujourd’hui, j’ai peut-être loupé quelque chose mais je me sens en paix avec moi-même donc aucun souci.


Le Standard de Liège est un club historique avec un beau passé que je trouve très intéressant.


Qu’est-ce-que ça t'évoque quand on te parle du Standard de Liège ?

Je ne connaissais pas trop le championnat Belge avant d’y vivre mais aujourd’hui je me rends compte que c’est un club historique avec un beau passé que je trouve très intéressant.


Le seul regret de cette année pour Nancy est de ne pas avoir accroché la Champions League.


La saison 2007-08 vous êtes une des seules équipes à avoir gagné contre Bordeaux qui finit vice champion de France cette année derrière Lyon. Ton ami Chris Malonga qui marque à ce match d’ailleurs. Qu’est-ce-que c’était Bordeaux à ce moment-là ?


C’est clair qu’ils avaient une équipe très solide. Quand on les jouait, il y avait une grosse pression pour un gros match et ça combinait sur les ailes. Nous, on marchait sur l’eau, on était très bien placés à ce stade du championnat. Le seul regret de cette année est de ne pas avoir accroché la Champions League.


Merci Marc-Antoine !

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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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