Luc Rabat "Je pensais vraiment que les Girondins de Bordeaux auraient fait leur ossature avec Koscielny et Gonalons"

Le 23 08 2019 à 09h52

En exclusivité pour Leero Sport News, Luc Rabat revient pour nous sur l'évolution de la formation à la française, le scouting et Maxime Gonalons.

Luc Rabat est l’un des formateurs les plus expérimentés du football français ayant de nombreuses sélections de jeunes. De Zidane à Schnerderlin, il revient pour nous sur l’évolution de la formation française et donne son avis sur une probable venue de Gonalons en Ligue 1 et plus particulièrement à Bordeaux, qu’il a entraîné avec les U19 France.



Bonjour Monsieur Rabat, merci de nous accorder cet entretien. Comment voyez-vous l’évolution de la formation à la française ? 

C’est une remise en cause permanente. Au niveau de la DTN, on anticipe le haut niveau. Quand on voit ce qui se passe au PSG du côté collectif, il y a encore beaucoup de travail mais il faut continuer à travailler le côté technique et tactique des jeunes joueurs. 


"Je pensais vraiment que Bordeaux allait faire son ossature avec Koscielny et Gonalons"


Les clubs amateurs semblent prendre de plus en plus d’importance dans la formation. Qu’en pensez-vous ?

Ca s’est toujours passé de la sorte en fait. Le jeune joueur allait d’abord dans un club de niveau régional puis il allait dans un club pro. Ensuite, on s’était rendu que lorsqu’un jeune joueur partait loin de chez lui, il avait du mal à accrocher le wagon alors il valait mieux qu’il reste chez lui et partir après, quand le moment était réellement venu. Cependant, les résultats sont là, je suis resté 20 ans avec les sélections de jeunes. Dans les années 80, on prenait des volées par l’Allemagne, puis après on s’est mis à les battre. Mais depuis les années 2000, la France est très performante que ce soit garçons ou filles. 


"A 16 ans, Jimmy Briand avait le même niveau que Cristiano Ronaldo"


Comment sélectionne-t-on des jeunes joueurs ?  

Il y a un réseau de la DTN. C’est tout le travail des conseillers dans les départements et districts. On appelle ça aussi des « zones ». A partir de l’âge de 13 ans, il commence à les voir, à faire des regroupements, ensuite des sélections régionales puis nationales.

Il y a aussi des compétitions de ligue pour qu’il n’y ait pas d’oubli. Il y a plus de 200 personnes qui travaillent pour la DTN dans les départements. Il y a de plus en plus d’agents qui essaient de trouver des pépites. Avant les années 2000, cela n’existait pas. Depuis 1986 et ma première sélection avec Petit, et la seconde en 1988 avec Pedros, Zidane et Ouédec, cela a bien évolué. 


Un agent peut-il perturber la performance du joueur et peut il faire pression sur la sélection ? 

Personnellement, j’ai toujours refusé de parler avec les agents car je suis aussi de la vieille école. Je faisais confiance aux recruteurs de club et aux parents. Avec ces histoires financières, et j’ai vu de bons joueurs subir l’influence d’agents et écorcher peut être leur carrière. Il y a aussi les parents qui recherchent le gain immédiat. Vous parliez de Alliadière et c’était assez énorme pour l’époque en termes financiers. Le système d’Arsenal était de les faire jouer, les valoriser et les revendre. Faire comprendre qu’il y a une différence entre le projet sportif et financier, c’est pas évident. Regardez Christanval par exemple, c’est très dommage. 


Comment expliquez vous que l’Angleterre a du retard par rapport à nous sur la formation ? 

Il faut dire qu’au niveau de la fédération, il y avait une volonté de laisser les clubs faire la formation mais en Angleterre, ils ont de très bons jeunes et ils les font jouer très tôt. Jimmy Briand avait le même niveau que Ronaldo à 16 ans, c’était la promotion 85. Malheureusement, Jimmy n’a pas joué assez tôt et cela a eu des conséquences derrière. Les ressources de ces clubs permettent de recruter les meilleurs jeunes du monde. En Belgique, ils ont eu des problèmes à cause de recrutements massifs en provenance de pays étrangers et ils n’arrivaient pas à promouvoir leurs talent belges. Ils ont changé cette politique et cela a payé ensuite. 


"Preud'homme connaît parfaitement les rouages pour attirer les meilleurs jeunes"


Que pensez-vous de la formation belge et de celle du Standard de Liège orchestrée par Michel Preud’homme ? 

Il y a un tel réseau de scouting dans les compétitions, que les opportunités avec les clubs se font instantanément. Michel connaît bien le système pour avoir travaillé avec la fédération belge. Mais en région parisienne par exemple, vous avez des grands clubs européens qui ont des recruteurs partout et ça se fait aussi en direct. Tandis que dans les années 90, les recruteurs de Manchester par exemple me disaient simplement qu’ils suivaient les joueurs mais ils les laissaient grandir. 


Pensez-vous que les formateurs français s’exportent bien à l’image de Erick Mombaerts au Melbourne City ? 

Christian Damiano aussi. J’ai arrêté en 2012, on formait les entraîneurs aux USA, en Chine etc … On les recevait à Clairefontaine, on leur expliquait comment on fonctionnait. Mais c’est vrai que la formation des entraineurs français est très sérieuse. Quand on prend Marseille et même Bordeaux qui recrutent des techniciens étrangers… La difficulté c’est que les présidents ne souhaitent pas confier de grands joueurs à des entraîneurs français. 


Comment voyez-vous le football professionnel en Nouvelle Aquitaine ? 

Le problème c’est l’amélioration des clubs élites. Je vois des villes comme Limoges : ce sont des ressources économiques qui manquent. Il faut des dirigeants pour bien faire vivre les clubs. Je le vois sur le Limousin, quand on va au niveau du foot, on n’arrive pas à passer le niveau supérieur malgré des clubs à 300 licenciés.


"La présence des anciens est très importante pour la continuité d'un club"

 

Maxime Gonalons est annoncé à Bordeaux, Rennes et Nice. Quel est votre oeil sur ce joueur que vous avez eu avec les U19 France? 

Oui, il fait partie de la promotion 89 avec les Morgan Schnederlin, Gabriel Obertan etc…Maxime est un milieu récupérateur qui se met au service du collectif. Je me souviens quand un joueur prenait le côté offensif, Maxime bouchait les trous. Je pense qu’il a besoin de responsabilité vis à vis de ce qu’il lui est arrivé à Rome et Séville. Il est très concentré sur le jeu, c’est un joueur facile à entraîner, une simplicité dans le jeu et un gros physique. 


Comment verriez-vous une hypothétique arrivée en Ligue 1 ? 

Pour Maxime, j’étais surpris que Lyon le laisse partir. Après je ne sais pas si ce sont des relations difficiles avec le club ou autre. Mais souvent, ils voient des avantages ponctuels. Quand je vois Sankharé et Pied qui jouent en championnat de France régulièrement et que Maxime ne vaut que 3 millions d’euros, je me dis qu’il est bradé. Je pensais vraiment que Bordeaux allait faire son ossature avec Koscielny et Gonalons et sortir des jeunes du centre. 


Que pensez-vous des Girondins de Bordeaux ? 

J’ai eu Ulrich Ramé et Yannick Stopyra en formation. Quand je vois la tournure que cela prend, j’ai l’impression que les anciens ne sont peut être plus les bienvenus. C’est dommage car l’histoire du club est très importante pour la continuité comme vous le voyez en Allemagne. 


Merci Monsieur Rabat ! 


  • 2490 vues
  • 0 commentaires

L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

Voir les articles