Klaus Allofs : "Je serais intéressé de créer des choses aux Girondins de Bordeaux."

Le 29 05 2020 à 19h27

Pour Leero Sport News, la légende Klaus Allofs s'est exprimé sur sa carrière de joueur mais aussi explique en détail les prérogatives d'un directeur sportif sans oublier d'évoquer son amour profond pour les Girondins de Bordeaux.

Klaus Allofs passé par les Girondins de Bordeaux à la fin des années 80 a aussi connu le succès avec la Nationalmannschaft en 1980 en remportant l’Euro et en 1986 en atteignant la finale de Coupe du Monde. Après avoir dirigé avec succès les clubs du Werder Brême et Wolfsburg, il se dit de nouveau prêt pour relever un nouveau challenge. 


Bonjour Klaus, enfin, nous arrivons à nous trouver. Comment arrivez-vous en France ? 

C’était en 1987, j’étais prêt à signer une prolongation avec Cologne. Nous venons de faire finale de Coupe du Monde 1986 alors que j’étais le capitaine de la sélection. Malgré cela, nous n’avons pas réussi à trouver un accord avec le club. Mon ami Karlheinz Förster me contacte et me parle de Marseille. Il a évoqué mon nom à la direction marseillaise. Michel Hidalgo et Jean Pierre Bernes sont venus me voir jouer en Bundesliga et finalement, je signe à l’Olympique de Marseille. A cette époque, les clubs avaient le droit à deux étrangers, sur le terrain mais aussi dans le groupe.


Mon ami Karlheinz Förster me contacte et me parle de Marseille.


Claude Bez vient finalement vous chercher après, n’est-ce pas ? 

Oui tout à fait. Après avoir remporté le doublé Coupe-Championnat avec l’Olympique de Marseille, j’ai eu un problème de genou. Tapie a voulu changer l’équipe après cela et Gérard Gili voulait me garder mais avec un président comme Tapie, il n’avait pas de droit de regard. Tapie m’a mis la pression de faire autre chose. Wenger et les Girondins m’ont contacté, j’ai pris l’avion privé et je suis arrivé au Haillan. Ce moment là fut exceptionnel, j’étais émerveillé. Les installations étaient magnifiques par rapport à ce que j’avais connu avec Marseille où il n’y avait pas de terrain d’entraînement. J’ai discuté avec Didier Couecou et finalement, il a eu des problèmes pour s’accorder avec Marseille. Nous avons fait l’échange avec Jean Tigana qui a fait le chemin inverse. L’histoire est belle car je suis arrivé avec un sac de sport et je ne suis plus jamais reparti de Bordeaux, c’est ma femme qui a tout géré derrière. Je ne suis jamais retourné à Marseille. J’étais aussi un peu fâché car après avoir aidé Marseille à gagner des titres, ils m’ont délaissé comme ça. 


Je suis arrivé avec un sac de sport et je ne suis plus jamais reparti de Bordeaux


Vous faisiez la paire avec Den Boer, Ferreri, etc

Oui, nous avions une belle attaque. Je crois que nous avons marqué chacun quatorze buts cette saison là. Une fois, c’était Piet et moi. Après Jean-Marc était derrière nous. C’était presque un équilibre parfait. Et puis nous avions un entraîneur très respectueux et malin comme Goethals. C’était vraiment un grand plaisir d’être à Bordeaux. Le seul regret était que nous n’étions pas qualifié pour la Coupe d’Europe la première fois depuis des années. Il y avait une superbe ambiance et nous avions un groupe homogène. J’ai beaucoup appris de l’entraîneur, nous finissons deuxième en battant l’OM chez nous dans un match spectaculaire. Malheureusement, nous avons été rattrapés à la fin. Mais c’est le football. 


Nous finissons deuxième en battant l’OM chez nous dans un match spectaculaire. Malheureusement, nous avons été rattrapés à la fin


Quel genre d’entraîneur était Raymond Goethals ?

Vous le savez peut être mais Raymond était un personnage très atypique. Il vivait dans le château du Haillan et descendait pour manger, jouer aux cartes avec nous et les entraînements. En dehors de cela, il lisait et étudiait le football tout le temps dans sa chambre. Quand les problèmes financiers sont arrivés, on m’a fait comprendre que c’était mieux de partir. 


Goethals vivait dans le château du Haillan et descendait pour manger, jouer aux cartes avec nous et les entraînements.


Vous partez pour le Werder de Brême de Otto Rehhagel et atteignez la finale de Coupe des Coupes alors que vous n’êtes pas censé jouer selon les dire de Wynter Rufer. Qu’en est-il ?

Il a raison. J’étais blessé, je n’étais pas sûr d’être dans l’équipe pour la finale. Otto Rehhagel qui était dans le même style que Raymond Goethals, nous avions déjà gagné la Coupe d’Allemagne avec Dusseldorf avec une équipe moyenne. Otto était responsable de me faire venir au Werder après mon temps à Bordeaux. Avant la finale, il m’a dit « si tu es bien physiquement, cela pourrait être surprenant pour Monaco » . Au final, je marque le premier but et je fais une passe décisive pour Wynton Rufer pour le deuxième but. Ce fut une bonne décision. (rires)


Avant la finale de C2, Rehhagel m’a dit « si tu es bien physiquement, cela pourrait être surprenant pour Monaco »


Otto Rehhagel a emmené le Bayern Munich jusqu’en finale puis remplacé par Beckenbauer en 1995-96 face aux Girondins. Parlez nous de lui.  

Otto est quelqu’un de très humain. Quand il a commencé à entraîner en Bundesliga, c’était en quelque sorte un sauveur. Il prenait des équipes en difficulté et arrivait à les remonter. C’est quelqu’un qui ne pense et vit que pour le football. Il connait tous les joueurs, toutes les histoires. Il s’occupait de l’entrainement mais aussi du privé. Pour lui, il a pris la décision de me prendre à Brême alors que j’avais 33 ans. Il m’a « ordonné » de revenir en Allemagne tandis que je voulais rester en France. Il m’a convaincu en me disant que je serais la pièce maîtresse pour pouvoir gagner des titres et il avait raison quand on voit la Coupe des Coupes par exemple. Il n’a rien de sophistiqué mais tout était simple et clair. Il savait quel levier actionner pour gagner. Il n’avait pas besoin de nous faire faire des entraînements rudes mais il savait comment faire pour manager. Son plus grand coup est bien sûr avec la Grèce en 2004 face au Portugal chez eux. Cela traduit un grand talent. 


Otto m’a convaincu en me disant que je serais la pièce maîtresse pour pouvoir gagner des titres


Otto Rehhagel au Bayern, cela a été difficile, n’est-ce pas ? 

Oui, d’abord, je pense que Otto Rehhagel et le Bayern Munchen n’a pas fait un mariage idéal. Otto a toujours pris ses décisions seul tandis qu’à Munich, tu as des dirigeants qui doivent te donner leur aval. Ce n’était pas son style. De parler aux médias, d’être un rouage. A Kaiserslautern et à Brême, c’était lui le roi, il prenait toutes les décisions. Il était respecté par tout le monde et c’était pas pareil au Bayern. 


Otto Rehhagel et le Bayern Munchen n’a pas fait un mariage idéal.


Qu’en est-il de Beckenbauer qui remporte l’UEFA en 1995-96 face aux Girondins ? 

Oui pour faire la comparaison. Le statut de Rehhagel à Brême était le statut de Beckenbauer en Allemagne ou même dans le monde. Si tu as Beckenbauer derrière toi, il avait toujours le soutien des médias et en plus il était le plus grand joueur de l’histoire en Allemagne. Travailler avec Beckenbauer, tu n’avais plus d’excuse, tu ne pouvais que réussir. En 1986, il a été mon sélectionneur, ce n’était peut être pas le plus grand tacticien mais sa personnalité était plus importante que tout le reste. Il était accepté par tout le monde, les joueurs mais aussi les adversaires, c’est le plus important. Pour moi, le Bayern et Otto Rehhagel, ce n’était pas la bonne alchimie. 


Le statut de Rehhagel à Brême était le statut de Beckenbauer en Allemagne ou même dans le monde.


Jurgen Klinsmann au Bayern non plus. Malgré sa superbe saison en UEFA et en Bundesliga, il se faisait démolir dans la presse sportive. Pourquoi ? 

Dans l’histoire allemande, on trouve des attaquants exceptionnels, capables de briller sur le plan technique et Klinsmann n’était pas très élégant mais il a marqué des buts. Cependant, pour les gens, ce n’était pas assez. Jurgen a toujours fait des progrès mais les journalistes disaient qu’il n’était pas beau à voir jouer mais qu’il avait fait de son mieux. Il a pris du temps pour être respecté.  


Quelles sont les missions d’un directeur sportif ? 

J’ai d’abord passé les diplômes pour entraîner. J’ai commencé à prendre la responsabilité de Dusseldorf. C’est ma ville. J’ai commencé à entraîner cette équipe où j’étais plébiscité mais cela ne s’est pas bien passé puisque j’ai été remercié et l’équipe est tombée en troisième division. Je n’ai même pas pu finir la saison. 

Après quelque jours de vacances, j’ai eu un coup de téléphone de Brême où la situation était aussi difficile. Ils venaient de virer Magath. Ils ont voulu changer leur système avec quelqu’un qui s’occupe du sportif, de créer un cadre pour le groupe, de gérer les contrats etc… J’ai expliqué ma philosophie aux dirigeants et finalement j’y suis resté treize ans où nous avons remporté le championnat une fois, gagné la coupe deux fois, atteint 6 fois la ligue des Champions et une finale d’Europa League. J’ai pris beaucoup de plaisir à travailler avec l’entraîneur. D’être un couple. Chacun avec ses missions, de créer une ambiance dans un club où tout le monde se sent bien avec des idées, des objectifs sportifs. Heureusement aussi, j’ai pris la décision de partir à Wolfsburg. En deux ans, nous avons joué l’Europa League et nous avons la Coupe d’Allemagne, nous avons joué la Ligue des Champions. Et toujours dans le même style, en étant responsable et en implantant une philosophie. Ce sont les grands axes de ces projets. 


Quelle est la place des anciens joueurs dans la formation d’un club ? 

Cela dépend du fonctionnement du club. Tu as un fonctionnement différent à Brême, à Wolfsburg et au Bayern. Il faut respecter cela. Mais oui, il faut bien évidemment se reposer sur l’histoire. Encore plus si l’histoire est formidable. Il faut respecter la tradition et intégrer les anciens d’une façon ou d’une autre. Pourquoi ? Parce que les supporteurs s’identifient à l’histoire d’un club. 


Il faut bien évidemment se reposer sur l’histoire. Encore plus si l’histoire est formidable


Est-il possible de s’appuyer sur les anciens aussi pour créer un réseau de recrutement ? 

Ce serait idéal mais des fois, tu reçois des candidatures mais ce n’est pas le bon moment et ces gens là prennent parfois la mouche que tu ne prennes pas leur joueur à un certain moment. Mais c’est vrai qu’il faut maintenir un réseau d’anciens joueurs proche du club mais plus largement, avoir et travailler avec un réseau de façon apaisé en gardant le contact. Toujours. De montrer que nous sommes toujours à l’écoute de dossiers, de ne pas fermer les portes, jamais. Bien sûr qu’un directeur sportif a des amis et des copains. Mais il y a aussi un réseau de scouts et pourquoi pas celui des médias. L’important pour moi, c’était d’avoir les meilleures informations possibles. Par exemple, j’ai un agent qui m’appelle pour Micoud. En tant qu’ancien Bordelais, je connaissais son histoire tandis qu’en Allemagne, ils n’étaient pas trop chaud. C’est l’information la plus réelle qui prime toujours.


Montrer que nous sommes toujours à l’écoute de dossiers, de ne pas fermer les portes, jamais.


Peut-on bâtir une équipe compétitive tout de suite ?

Il faut être réaliste. Il faut savoir quelles sont les possibilités financières. Il faut d’abord regarder quels objectifs on veut avoir. Tu ne peux pas arriver à Bordeaux et dire tout de suite que tu veux être champion et battre le PSG. Ce n’est pas raisonnable. Cependant, il faut avoir une idée de comment faire évoluer le club. Comment faire changer les performances du club petit à petit. Il faut convaincre ensuite tous les gens qui travaillent pour le club. Même le plus petit rôle a sa place. Il faut trouver un fil rouge de comment travailler, de comment respecter les gens. Cela s’est toujours bien passé à Brême et à Wolfsburg alors que tu avais une grosse influence de Wolfswagen. Mais tu dois imposer des règles que chacun doit appliquer. Mais il faut être clair et s’y tenir. Dans un club de football, tu dois prendre des bonnes décisions pour acheter ou vendre, pour lancer des jeunes ou pas. Il faut le bon entraîneur aussi. Mais il faut créer une ambiance favorable pour travailler. C’est essentiel. 


Même le plus petit rôle du club a sa place.


Que pensez-vous du scouting local ?

C’est compliqué de répondre de but en blanc. Tu vois à Wolfsburg, nous étions en Ligue des Champions et nous avions aussi de supers jeunes de la région qui sortaient de l’académie. C’était difficile de les incorporer car nous avions besoin de top joueurs tout de suite. Tu sais, tout le monde veut sortir des jeunes de son centre de formation. S’il y a beaucoup de paramètres qui rentrent en compte, tu dois trouver des joueurs de haut niveau pour jouer le titre ou atteindre tes objectifs. Il te faut aussi un entraîneur qui sait gérer ce genre de personnalité et puis enfin, il faut toujours regarder aussi ce qui se passe ailleurs dans les catégories de jeunes. Par exemple, ce qu’on a fait avec Ozil à Brême, il avait 19 ans, il était dans le groupe de Schalke et nous l’avons repéré. On a essayé de le faire grandir aux côtés de Diego et cela a été un succès. Il faut aussi peser les conséquences financières pour trouver un équilibre tout en gardant la culture club. 


A Bordeaux en ce moment, les mouvements ont souvent lieu en toute fin de mercato. Pensez-vous qu’effectuer des mouvements en toute fin de mercato est judicieux ? 

Je ne connais pas tous les transferts à Bordeaux pour juger cela mais en principe ce n’est pas bon. Bien sûr, il y a des occasions de dernières minutes, il y a des coups de poker à faire mais il faut avoir une idée de comment gérer son effectif. Qui vendre et qui acheter main dans la main avec l’entraîneur. Il faut prendre des décisions avant que le mercato démarre. Faire un mercato dans les derniers jours de la période des transferts n’est pas idéal selon moi. 


Faire un mercato dans les derniers jours de la période des transferts n’est pas idéal selon moi.


Comment anticiper les ventes ? 

C’est essentiel ! Je ne vois pas comment un groupe peut vivre quand un élément souhaite partir et qu’il n’y a pas eu de solution adaptée pour tout le monde. Par exemple, quand nous avions De Bruyne et Perisic à Wolfsburg, il fallait les garder. Sportivement, c’était indispensable. Mais après tu avais une offre financière que tu ne pouvais pas refuser. Mais il fallait qu’on s’asseye autour de la table pour trouver un accord où tout le monde sortirait grandi. Sinon, tu crées des problèmes dans ton effectif. Mais pour autant, ce n’est pas parce qu’un joueur demande à partir qu’il faut tout de suite céder. Il faut discuter, convaincre, essayer de lui faire comprendre que c’est mieux pour lui de rester. Il faut en permanence négocier. Savoir aussi par qui on peut remplacer le joueur. Si on a un nom, cela peut détendre les négociations. 


Je ne vois pas comment un groupe peut vivre quand un élément souhaite partir et qu’il n’y a pas eu de solution adaptée pour tout le monde.


Un duo avec Paulo Sousa, cela pourrait vous tenter ?

Il n’a laissé que des bons souvenirs en Allemagne. Ce serait facile de dire oui mais ce n’est pas sérieux. Ce qui est essentiel c’est de travailler dans le même sens. Il faut avoir un grand respect entre le directeur sportif et l’entraîneur. Il est impossible d’avoir deux personnes qui ne s’entendent pas. Après, c’est la discussion qui fait évoluer les choses car on n’est jamais d’accord tout le temps, il faut être réaliste. Mais si on est loyal et honnête, on peut toujours avancer ensemble. Il faut se respecter et être prêt à partager les devoirs mais aussi les responsabilités. 



Avec quel entraîneur souhaiteriez-vous à nouveau travailler ? 

Je n’aime pas sortir des noms comme ça mais j’apprécie le travail de Valérien Ismael. Il était mon joueur à Wolfsburg puis il était entraîneur de l’équipe réserve à Wolfsburg. Je le trouvais à la hauteur de la fonction. Pour moi, à l’époque, c’était peut être top tôt en Bundesliga mais maintenant, il montre son talent à LASK. C’est par exemple quelqu’un qui est à 100% honnête et respectueux. Thomas Schaaf aussi avec qui j’ai joué comme joueur. Je savais qu’il n’était pas facile, nous n’étions pas ami mais il était toujours très honnête et c’était notre base pour bien travailler pendant des années. 


Comment se matérialise la confiance et le respect entre un entraîneur et un directeur sportif ?

La présence dans les bons comme dans les mauvais moments. Etre là à l’entraînement, être là dans les déplacements. Mais aussi garder la distance pour respecter le travail de l’entraîneur, c’est un dosage. Par exemple, quand on traverse une période difficile et que l’entraîneur s’est exprimé déjà 2-3 fois, c’est peut être au tour du directeur sportif de s’exprimer. C’est quelque chose que les joueurs et l’extérieur doivent sentir. Il faut que les gens sentent une parfaite entente entre les deux personnes. Il faut toujours faire les choses ensemble. Pendant treize ans à Brême et trois à Wolfsburg, j’ai fonctionné de cette manière. Il faut faire partie du groupe avec une certaine distance pour garder une autorité. On ne peut pas être copain avec tout le monde mais on peut respecter tout le monde. 


La présence dans les bons comme dans les mauvais moments est l’une des clés de la relation entraîneur-directeur sportif 


Que pensez-vous de Battiston ? 

Nous avons déjà eu des contacts lorsque j’étais à Brême pour en savoir plus sur ma position mais nous n’avons pas évoqué son travail finalement. Mais c’est une personne que j’admire et respecte beaucoup évidemment. Je garde l’image d’un homme bien éduqué, il m’a même aidé à trouver ma maison à Bordeaux.


Pensez-vous que Bordeaux a encore les épaules pour rivaliser sur la scène européenne ? 

Je ne connais pas bien la situation financière de Bordeaux mais sans moyen, c’est difficile mais pas impossible. Quand je vois le PSG derrière je ne vois pas d’équipe stable. Je pense qu’on peut bâtir une structure solide, avec de bonnes décisions sur le mercato, on peut atteindre les places européennes. Mais il ne faut pas oublier qu’arriver à de tels résultats, c’est un ensemble. Il faut avoir une ambiance dans le stade, cela doit aider une équipe. Avoir un bon entraîneur, des bons joueurs qui sont motivés, bien sûr. Dans les bureaux, il faut aussi que les salariés soient tous concernés par le même objectif et créer une synergie. 

Avec le Werder Brême, nous avions saisi l’opportunité de nous placer pour les places européennes malgré des moyens financiers moindre que nos adversaires mais je pense qu’on peut finir juste derrière le PSG, ce n’est pas impossible. 


Comment fait on pour remplir un stade ? Ici, le stade est souvent vide. 

Je ne vais pas parler du sportif car c’est la base. Mais il faut créer du confort et une ambiance pour se sentir bien au stade. En Allemagne, nous sommes gâtés car c’est un plaisir d’aller au stade. Je peux aller dans le groupe des ultras mais je peux aussi librement suivre un match dans les loges dans un style luxueux. Il faut aussi rendre les billets accessibles, il faut faciliter les transports. Après, c’est très important, il faut impliquer les fans. Il faut aimer son club, « mon club a besoin de moi ». Il faut donner cette sensation aux gens. C’est une façon aussi de traiter les gens.

Pour en revenir au sportif, tu n’as pas besoin de gagner tout le temps, mais il faut sentir que l’équipe se bat pour le club. Un stade rempli à moins de 50%, ce n’est pas possible. Nous en Allemagne, nous avons des taux de remplissage de 90%, c’est une chance.


Un stade rempli à moins de 50%, ce n’est pas possible.


Comment se passait les relations avec votre responsable scouting ? Est-ce qu’il vivait l’étranger ? 

Déjà, si je veux un joueur pour jouer en Allemagne, premièrement, il faut bien connaître le marché en Allemagne et y être présent. Chez nous à Brême et à Wolfsburg, il y avait un bureau special pour les scouts où nous avions une réunion une fois par semaine et encore plus durant le mercato où il fallait créer une équipe. On se voyait tous les jours à ce moment. Mais plus encore, nous étions en contact quotidiennement pour échanger et se donner des idées. Transmettre les envies du coach, dessiner des profils et là, je dois avoir des noms que je juge ensuite par moi-même. Avoir 2-3 choix pour prendre ensuite une décision. Pour moi, mon responsable scouting se devait d’être disponible pour le club. Après je travaille comme ça, mais une autre personne voudra travailler autrement. 


Bien sûr que je serais intéressé de créer des choses à Bordeaux.


Un poste de directeur sportif à Bordeaux, cela vous tenterait ? 

J’ai beaucoup aimé Bordeaux et ça a été un crève coeur de quitter cette région. J’ai tellement aimé votre ville et ce club des Girondins. Sachez que je suis toujours en activité. Je suis à l’écoute de projets en Allemagne mais aussi en dehors. Bien sûr que je serais intéressé de créer des choses à Bordeaux. Peut-on vraiment améliorer les choses à Bordeaux ? Y-a-t-il la place de créer un projet ? Je sais que je peux ajouter quelque chose à un club. Mais en ce moment, beaucoup de clubs cherchent à structurer leur club. Mais il faut la bonne proposition, un projet cohérent et surtout une offre sérieuse.


Jouer au foot chez vous était un privilège


Un mot pour les fans bordelais ? 

Je ne dis pas ça car vous êtes de Bordeaux mais pour moi, j’ai eu la chance de rencontrer de très bons clubs en Allemagne, j’ai eu la chance d’aller en finale de Coupe du monde, de remporter l’Euro mais le passage en France était le plus important dans ma carrière. J’étais très heureux à Bordeaux. Nous avons même fait des plans pour rester en France avec ma famille mais cela s’est passé autrement. Je suis très content d’avoir fait ce passage en Gironde, je suis vraiment tombé amoureux du coin. Jouer au foot chez vous, c’était un privilège et c’était important de le dire. 


Merci Klaus ! 


















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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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