Frédéric Adam : "J'ai été le premier buteur du Stade Brestois 29 sous son nouveau nom"

Le 05 02 2020 à 15h28

En marge de Brest-Bordeaux, Frédéric Adam se confie sur l'identité de son club formateur, la Coupe de France, son expérience de directeur sportif de l'ESTAC et les Girondins de Bordeaux.

Vainqueur de la Coupe Intertoto en 2001 sous les ordres d’Alain Perrin avec les Rothen et compagnie, Frédéric Adam a aussi été formé au Stade Brestois 29 ou du moins au Brest Armorique FC. Véritable trait d’union entre l’ancien et le moderne du football brestois, ce gentleman nous a accordé quelque minutes à la veille de Brest-Bordeaux. 


Bonjour Frédéric, nous sommes dans une période de Coupe de France. En quoi cette compétition est-elle particulière ? 

Elle est particulière car on doit être le seul pays au monde à faire jouer tous les clubs de l’hexagone. C’est unique au monde. Cependant, le club doit en faire la demande à la fédération. La coupe commence en août et fini au mois de mai. Le foot business est apparu mais c’est la compétition qui selon, moi rassemble le football français. Ca reste une aventure particulière dans le sens où ce sont des matchs à élimination directe, la finale est un rendez-vous incontournable de l’année. Les gens en ont un souvenir plus marqué que sur un match de championnat. Je me souviens d’un OM-Monaco où il y avait eu 4-3 (finale en 1989 ndlr), pour vous à Bordeaux, la fameuse finale où Giresse lobe Bell…pour moi, la Coupe de France est plus prestigieuse qu’un championnat. Mais pour les footballeurs, je pense aussi que c’était plus important de remporter ce trophée. 


La Coupe de France est particulière car c’est la seule compétition au monde à faire jouer tous les clubs de l’hexagone


J’imagine que vous avez suivi l’affaire de la recette entre Trélissac et Marseille. Quel est votre point de vu ? 

Disons que tant que les règlements ne changeront pas, tout le monde pourra fonctionner de la sorte. Je serais d’avis que la fédération change de règle. Bien sûr que ce n’est pas normal, la faute est aussi de la fédération qui ne change pas de règlement. Tant qu’un club amateur joue contre un club professionnel, la recette devrait aller aux amateurs. 


Tant qu’un club amateur joue contre un club professionnel, la recette devrait aller aux amateurs. 



Parlons maintenant du Stade Brestois 29 où vous avez été formé. Qu’en est-il de ses grandes heures ? 

J’ai connu l’époque, Ginola, Lama dans les buts au début des années 90. J’étais au centre de formation avec Laurent Robert, Stéphane Guivarch’ et Claude Makélélé pour les plus connus. Après, il y a eu dépôt de bilan. Gilbert Martin a repris le club et j’ai fait partie des premiers pas du Stade Brestois 29. J’ai même été le premier buteur du club sous son nouveau nom. 



J’ai connu l’époque, Ginola, Lama dans les buts au début des années 90. J’ai même été le premier buteur du club sous son nouveau nom. 



Quelle est l’identité de ce club ? 

J’ai connu un président en la personne de François Yvinec qui était précurseur dans le football business en faisant venir des champions du monde à Brest. Quand il a vu que cela s’essoufflait, il misé sur la formation alors qu’il y avait les Sochaux et Auxerre qui rayonnaient dans le domaine. Le Finistère est une terre de foot. Chez nous, soit on fait du vélo, de la voile ou du foot. Moi, qui suis expatrié depuis presque 30 ans, la Bretagne est une région de football. Dans les infrastructures, le moindre bled a un synthétique avec des tribunes etc… Même au niveau amateur, on a des divisions qui sont apparues parce qu’il y a trop de clubs. 


Brest faisait venir des champions du monde dans les années 80


Que pensez-vous du travail de Dall’Oglio que vous avez connu à Rennes ? 

Déjà avant d’évoquer le coach Dall’Oglio c’est une très belle personne. Quand on a à faire à une bonne personne, cela passe mieux forcément. Il a fait un parcours de dingue avec Dijon qui doit regretter leur décision et Brest se félicite de l’avoir recruté. 


Olivier Dall’Oglio est d’abord une belle personne avant d’être un bon coach


Comment expliquez-vous son succès ? 

Je pense que la qualité d’un bon entraîneur c’est ça. La DTN apprend à mettre en place des séances d’entraînements et des système de jeu, mais la qualité humaine, l’honnêteté et la communication, c’est aussi essentiel et Olivier possède parfaitement aussi ces éléments là. 


Corentin Martins était un beau joueur en plus d’être un bon joueur 


Corentin Martins passé par Bordeaux a aussi marqué le Stade Brestois. Qu’en dites-vous ? 

Martins, c’était le haut niveau. En plus d’être un bon joueur, c’était un beau joueur. Humainement, c’est de la trempe de Dall’Oglio. Mais je trouve que cela se voit. En fait, ça transpire. Même ceux qui ne les connaissent pas ressentent cela et ce n’est pas un hasard. 


Slavo Muslin laissait la chance aux jeunes et c’était très motivant pour nous 


Vous avez croisé Slavo Muslin à Brest, quels souvenirs en avez-vous ? 

Slavo je l’ai peu connu mais ce qui transpirait, c’était les dires des pros qui revenaient avec la réserve. Il avait cette volonté de promouvoir la formation brestoise et c’était hyper motivant pour les jeunes du centre. C’est quelqu’un qui avait cette volonté de faire une équipe avec un gros pourcentage de jeunes issus du club. Quand on a un entraîneur qui appelle des jeunes chez les pros, c’est motivant. 


Les clubs français sont orphelins de confiance en Europa League 


Vous avez remporté l’Intertoto en 2001 avec l’ESTAC de Perrin. Comment expliquez-vous que les clubs français aient du mal avec l’Europa League ? 

Le problème des Français c’est de n’avoir jamais brillé dans ces coupes et on part naturellement avec un côté défaitiste même si on est passé pas loin avec Marseille dernièrement. Tous les autres clubs sont orphelins de confiance dans cette compétition. Il y a un petit côté psychologique mais aussi, c’est la mise en avant des compétitions européennes. En France, ce n’est pas sur des diffuseurs emblématiques…Alors qu’aujourd’hui les résultats de l’Equipe de France devraient nous motiver mais c’est peut être aussi le niveau de notre championnat qui cloche, je ne sais pas…


La présence d’Alain Perrin à l’ESTAC a tout changé. 


Vous faites partie de la construction de l’ESTAC. Comment voyez-vous l’évolution du club, vous qui en avez aussi été le directeur sportif ? 

Il y a eu une période déterminante qui est la fin des années 90 jusqu’à 2005 avec la présence d’un manager comme Alain Perrin qui a tout changé. Derrière, on s’est maintenu quatre ans en Ligue 1, on fait deux fois septième en Ligue 1 et il y a eu un accélérateur avec la montée. On a rattrapé 20 ans : on a eu 3 tribunes qui se sont construites. Actuellement, le club stagne un peu depuis un certain temps. Vous pourriez me dire que le club a gagné la Gambardella, qu’on a été champion de Ligue 2 il n’y a pas si longtemps que ça mais il vaut mieux se maintenir quatre ans en Ligue 1 qu’être champion de Ligue 2. 

Pour côtoyer les éducateurs de l’ESTAC, ça devient aussi compliqué de recruter des bons jeunes même si nous avons eu des Matuidi, N’sakala et Mbeumo. 


Pour Mbeumo à Brentford, il y a des tenants et des aboutissants qu’on ne maîtrise pas


Comment expliquez-vous cet exode des jeunes dont Bryan Mbeumo en est l’exemple ? 

Cela dépend de l’éducation, du projet, de l’agent. Le football international a basculé dans une autre dimension avec l’apparition des agents de joueurs. Pour Bryan, l’attractivité était sûrement financière même si c’est mieux de joueur en Championship qu’en Ligue 2 mais il n’est pas non plus en Premier League. C’est peut être aussi son agent qui l’a convaincu, c’est peut être aussi le club de l’ESTAC qui l’a convaincu … il y a des tenants et des aboutissants qu’on ne maitrisent pas. Il faut savoir qu’il y en a plus qui sont revenus de là bas que ceux qui se sont imposés.


A choisir entre Mbeumo et Oudin si je suis Bordeaux, je prends Rémi Oudin


Cela vous et-il arrivé de convaincre un joueur de rester au club malgré les sollicitations durant votre mandat de directeur sportif ? 

Pour ma part, cela m’est arrivé de convaincre des joueurs de rester mais cela impliquait une revalorisation salariale. C’est arrivé une ou deux fois. Comme je vous dis, j’avais aussi le côté club qui nous obligeait à vendre. Moi je rêvais de voir Bernadoni, Mbeumo et bien d’autres formés au club. L’idée inspirante d’avoir des résultats avec nos « cht’i » à nous. Il faut savoir aussi que les centres de formation, c’est la jungle et je sais de quoi je parle. Il y a tout un côté éducatif à prendre en compte aujourd’hui. Maintenant, on est obligé de voir le côté scolaire mais le taux de réussite est minime. 


Les Girondins étaient le meilleur club français des années 80


Mbeumo, justement était suivi par Bordeaux et au final, le club recrute Oudin. Votre choix ? 

Je vous dis à choisir entre Mbeumo ou Oudin si j’étais Bordeaux, j’aurais pris Rémi Oudin même si cela coûte deux fois plus cher. 


Au tout début des années 2000, Bordeaux cherchait à densifier son milieu de terrain, avez-vous été contacté ? 

Non jamais mais Alain Perrin avait fait en sorte que je reste à Troyes. Je n’avais pas d’agent mais je n’ai jamais été approché directement par les Girondins. Mais j’ai passé mes étés pendant 4-5 ans au cap Girondins ou cap Giresse. J’ai des photos avec Gernot Rohr, Giresse, ce sont des moments fabuleux parce qu’on a encore les yeux de gamins, on en rêve, c’était les Girondins ! C’était le meilleur club français dans les années 80 ! 


Merci Frédéric 


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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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