Dominique Rocheteau : « J’aurais aimé jouer dans la grande équipe des Girondins de Bordeaux des années 80 »

Le 08 03 2020 à 14h45

En marge de Saint Etienne-Bordeaux, Dominique Rocheteau, l'emblématique attaquant des Verts s'est confié sur son actualité, sa carrière et bien sûr les deux clubs qu'il connait bien.

Dominique Rocheteau, 4 fois champion de France, finaliste de la Coupe des clubs champions 1976 face au Bayern de Beckenbauer et vainqueur de l’Euro 1984 avec les Bleus revient sur ce qu’est l’identité des « Verts » et l’évolution du football. A l’occasion du lancement de ses stages de football à Royan en juillet-août, il nous rappelle combien le plaisir de jouer doit être au centre des débats. 


Bonjour Monsieur Rocheteau, comment définiriez-vous l’identité des Verts ? 

Saint Etienne, quand je suis arrivé là-bas, ce sont les hommes qui la font, ce sont des gens comme Jean Snella ou Albert Batteux qui ont participé à faire cette identité à travers le club. Mais aussi les supporteurs et leur état d’esprit. Ce n’est pas par hasard qu’on remet aux nouveaux joueurs le trophée de « lampe de mineur », c’est représentatif. C’est une ville où la dureté du travail est mise en avant. 


Jean Snella et Albert Batteux ont participé à faire cette identité verte


Comment ça ? 

Je me souviens à mon époque, les supporteurs quand ça n’allait pas trop ils criaient « à la mine ! », ça veut tout dire. Quand je suis arrivé à Saint Etienne, j’ai été marqué par l’accueil, la convivialité. J’ai toujours aimé cet état d’esprit et quand je suis revenu, c’était la même chose. On ne peut pas le savoir si on n’a pas vécu ici. L’identification des supporteurs à leur club mais aussi de la ville à son club, est totale. On le voit tout le temps. Il y a eu la période où nous avons joué qui a été marquante, c’est à dire, la finale de Coupe d’Europe. Il y a eu des grands joueurs, des grandes équipes qui ont marqué le club comme Salif Keita qui pour moi est le plus grand joueur passé par l’ASSE. Pour les jeunes, ça ne parle pas trop mais toute la France était derrière Saint Etienne car on était les seuls en Coupe d’Europe des Clubs Champions. 


Salif Keita est pour moi le plus grand joueur passé par l'ASSE


Il faut aussi rappeler pourquoi …

Oui, seul le champion de France était représenté en Ligue des Champions mais il y avait la Coupe UEFA, la Coupe des vainqueurs de Coupe. Encore aujourd’hui, de ce fait, il y a encore beaucoup d’associations de supporteurs partout en France. Même en Ligue 2, nous avons toujours eu la fidélité des supporteurs même quand ça n’allait pas. Et la fidélité fait aussi partie de l’identité du club. 


La fidélité fait aussi partie de l’identité du club. 


Pensez-vous qu’une ligue fermée est-elle possible dans l’avenir ?

J’ai toujours été dans le football et le côté financier est incontournable aujourd’hui. Il fallait encore plus de matchs, générer de l’argent. Ce format de poules n’est pas mal non plus dans les coupes d’Europe. C’est l’évolution du football. 

Concernant la Ligue fermée, elle ne pourrait intéresser que les très gros clubs et fermerait la porte à de nombreux autres et aussi à ce qui fait l’intérêt de la compétition, c’est à dire que les petits battent les plus gros. Je n’y crois pas vraiment car les garants du football actuel, sont aussi les instances qui n’ont pas véritablement intérêt à ce qu’il y ait un tel format de compétition. 


Je ne crois pas dans le futur, à la création d'une ligue fermée


Je suis très surpris de ne vous avoir jamais vu signer à Bordeaux. Comment se fait-ce ? 

Je suis Charentais, on est un peu plus haut que Bordeaux et ma famille est dans l’ostréiculture. Ma dernière année à la Rochelle, deux clubs m’ont sollicité après les sélections de jeunes, notamment « le concours du jeune footballeur », c’était important car on montait à Paris. Nantes et Saint Etienne m’avaient repéré et pas Bordeaux, c’est dommage (rires). Bordeaux, c’est le premier club professionnel que j’ai vu en vrai car il n’y avait pas tous ces matchs à la télé. Mon père adorait Kopa et nous sommes allés voir à Bordeaux, l’une de ses dernières apparitions à Reims, ça date, j’avais peut être dix ans. C’est un grand souvenir et mon premier du football de haut niveau. 

Après j’ai eu l’occasion de venir à Bordeaux quand j’étais à Paris. Aimé Jacquet, le Président Bez et Couecou, je crois, étaient montés dans la capitale pour me convaincre de venir et cela ne s’était pas fait. Je suis resté à Paris, c’est comme ça. J’aurais bien aimé jouer dans cette grande équipe. C’était dans les années 87, je crois. 


J'aurais bien aimé jouer aux Girondins de Bordeaux dans les années 80


Le football ne générait pas autant d’argent qu’aujourd’hui. Comment avez-vous convaincu vos parents de partir à l’autre bout de la France ? 

Mes parents préféraient que je fasse des études à vrai dire et pas forcément que je reprenne l’exploitation car c’était vraiment éreintant. J’étais loin de me dire que j’allais être joueur pro. Pierre Garonnaire qui était le recruteur de Saint Etienne, était venu chez mes parents, il se trouve que le président de la Rochelle l’avait su et était venu en même temps. Ce dernier, paternaliste voulait me garder et cela ne s’était pas bien passé et c’est là, où j’ai décidé de partir tout de suite alors qu’on aurait dû attendre un peu. Mes parents étaient d’accord à condition de continuer mes études. J’étais donc un des rares à jouer avec Saint Etienne et à aller au lycée en même temps. 


C'est Pierre Garonnaire qui était venu chez mes parents pour me recruter


Qu’est-ce qui faisait la force de cet effectif ? 

Saint Etienne a toujours été un club formateur. Nous à l’époque, on était tous issus du centre de formation. Larios, Sarramagna etc… On est une génération entière formée au club, on se connaissait très bien et ça a fait la force du club avec des joueurs extérieurs comme Curkovic qui nous encadrait. J’étais le plus jeune de cette génération mais nous avions beaucoup d’affinités. Il y a eu des hauts et des bas mais cela s’est globalement bien passé. 


Saint Etienne a toujours été un club formateur.


Pensez-vous que Battiston s’est inspiré du modèle stéphanois aux Girondins de Bordeaux dans la formation ? 

Je ne sais pas si Battiston s’en est inspiré mais je suppose. Bordeaux a toujours eu un beau centre de formation. Maintenant, il y a une grosse concurrence entre les centres. Nous avons été précurseurs avec Nantes et Sochaux. Je pense cependant que Saint Etienne était précurseur dans pas mal de domaines. Dans le médical, dans les voyages des joueurs, on allait voir les matchs en vidéo et en matière de formation aussi. On est d’ailleurs considéré comme les meilleurs formateurs du monde. 


Je ne sais pas si Battiston s’est inspiré du modèle stéphanois mais je le suppose.


Comment ne pas parler de Salif Keita. Que représente-t-il pour vous ? 

J’avais seize ans et il est parti à Marseille. C’est quelqu’un d’avenant, sympa. Il vit au Mali et repasse de temps en temps à Saint Etienne. C’était un très grand joueur. Il était dribbleur, il allait vite. Il a marqué énormément de buts et incarnait un grand fair play. Il m’a beaucoup marqué pendant ma jeunesse, il restera dans mes souvenirs pour toujours.


Que représentent les Girondins de Bordeaux pour vous ? 

Il y a eu la période Wojciak, De Bourgoing avec les années 1967. Très belle équipe que j’allais voir avec mon père. Et puis les années 80 avec les Tigana et Giresse et puis la période de Zidane qui a été importante. Ca reste un des grands clubs français. D’ailleurs, nos supporteurs sont liés avec ceux de Bordeaux. 


Les Girondins de Bordeaux reste un des grands clubs français


Vous avez remporté l’Euro 1984 et récemment vous avez célébré Michel Hidalgo. Comment s’est passé ce repas ? 

C’est comme si on ne s’était jamais quitté. On s’est réuni autour de Michel qui est un grand entraîneur, lui montrer qu’on était toujours avec lui dans un moment difficile de sa vie. Il était heureux de nous voir; on était un peu ses enfants. Il y en a quelqu’uns avec qui on ne s’était pas vu depuis longtemps mais globalement, on se voit régulièrement. On a traversé de belles choses. 


Vous avez aussi connu Marius Trésor dont c’était la retraite il y a peu. Quel joueur était-il ? 

Marius Trésor c’était un monument. Moi, je suis arrivé en équipe de France à 19 ans je crois. Il était un cadre avec Jean Pierre Adams, on les appelait la « garde noire ». Marius était le plus grand libéro du monde notamment en 1982 où il était fabuleux. C’est à la fois son rire, sa joie de vivre et sa gentillesse que je retiens. 


Marius Trésor était le plus grand libéro du monde


Vous relancez vos stages de football, que souhaiteriez-vous dire aux jeunes qui vont vous lire ? 

Je prends ma retraite même si je reste un ambassadeur du club et toujours président de la fondation Coeur vert, ça sera toujours un club où je reviendrais. 

Nous relançons effectivement nos stages qui ont existé pendant dix ans, à Royan. Ils sont dédiés pour tous. L’idée est que les gamins viennent se faire plaisir avec des éducateurs diplômés. On fait du beach foot, beaucoup de jeux et c’est pour tous à partir de 7 ans jusqu’à 16-17 ans. On a la chance d’avoir aussi un site magnifique. 


Nos stages s’adressent à tous.


En quoi consiste vos stages et comment peut-on les rejoindre ?

Comme le nom l’indique, nos stages s’adressent à tous. Le but pour nos stagiaires c’est de prendre du plaisir du début jusqu’à la fin, et de leur laisser de beaux souvenirs. J’insiste sur l’importance de jouer, jouer et encore jouer. Du lundi au vendredi, les jeunes seront sur le terrain, et chercheront à se perfectionner mais toujours avec les valeurs de convivialité et de respect importantes à mes yeux. Les jeunes auront l’occasion de découvrir Royan et ses plages au cours de la semaine avec notamment un tournoi de beach foot le jeudi, attirant toujours la curiosité des passants. Nous avons la chance de bénéficier d’un centre sportif optimal, avec des équipes de très grandes qualités entourant les jeunes au quotidien, et du climat idéal de Royan. Enfin j’invite les jeunes, et les moins jeunes aussi, à venir nous suivre sur les réseaux sociaux et sur notre site internet (cliquer ici) où ils trouveront des informations et des photos de l’actualité des stages.


Prendre du plaisir du début jusqu’à la fin, et leur laisser de beaux souvenirs.


Qu’avez-vous envie de dire aux plus jeunes qui vont vous lire ? 

D’aimer le football pour les bonnes raisons et non pour l’argent. Souvent, les parents, les agents et l’entourage en général ne donnent pas les bonnes clés. Le football c’est d’abord s’amuser et le respect dans un monde qui est devenu difficile. Je fais toujours passer ces trois notions : plaisir, respect et travail. J’ai vu des joueurs très doués qui n’ont pas forcément réussi de par leur manque d’abnégation et l’inverse. Les plus grands joueurs du monde, Zidane, Platini, je peux vous dire que sans travail, ils n’auraient pas réussi. 


Merci Dominique 

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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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