Denilson OIiveira : "J’ai vécu l’une des plus belles saisons de ma carrière aux Girondins de Bordeaux "

Le 24 12 2019 à 12h16

En exclusivité pour Leero Sport News, Denilson Oliveira, légende du football auriverde passé par les Girondins de Bordeaux nous a accordé une interview.

Denilson Oliveira est l’un des rares champions du monde passés par les Girondins de Bordeaux. Vainqueur de la compétition en 2002 aux côtés des Ronaldinho et Ronaldo, il atteint aussi la finale mondiale en 1998 face à la France où il est auteur d’une très belle prestation. Il débarque à Bordeaux en 2006 sous l’impulsion de Ricardo et enchante les fans de ses dribbles chaloupés. Pour Leero Sport News, il accorde une interview exclusive où il nous parle de son football : celui qui fait rêver. Portrait. 


Denilson, merci pour ta disponibilité. On parle souvent de ta carrière en Europe mais on oublie aussi que tu as fait partie de l’une des plus belles équipes de Sao Paulo. Peux-tu revenir sur cette période qui t’as fait éclater aux yeux du monde ? 

Jouer pour Sao Paulo a été un privilège et j’en retiens deux moments incroyables. Le premier, c’est la Coupe Conmebol, mon premier trophée majeur en tant que professionnel. Nous étions une équipe très compétitive qui allait très vite depuis le milieu de terrain avec une attaque de feu devant et une défense solide comme l’acier derrière. Ensuite, avec Sao Paulo, nous avons remporté le championnat Paulista et ici au Brésil, sache que les championnats régionaux sont très importants. Nous n’avions pas tout à fait la même équipe que lors de la Coupe Conmebol mais beaucoup ont participé aux deux compétitions. Dans cette équipe, il y avait des ailiers très rapides avec une excellente qualité de centre ce qui a permis de marquer beaucoup de buts. Ce qui est important dans ces deux équipes de Sao Paulo dont je te parle, c’est que les jeunes comme moi avaient faim de titres et de réussite. 


Quand j’étais à Sao Paulo, nous avions faim de titres 


Aujourd’hui, beaucoup d’anciens joueurs, notamment de la Seleçao reviennent au pays, aider leur club formateur. Est-ce important pour le football brésilien selon toi ? 

Je suis très favorable à ce que les anciens viennent endosser ce rôle. Tu sais, ce n’est pas suffisant de trimbaler une belle image du passé, se souvenir des trophées glanés, il faut aussi être compétent et préparé. Les joueurs qui reviennent au pays et qui veulent intégrer des postes clés dans les clubs ici doivent comprendre que l’entité est plus importante que tout, qu’il faut un planning du début de la saison jusqu’à la fin. Comme je te l’ai dit, je suis favorable à ce que les anciens reviennent à la maison car ils ont acquis cette rigueur en Europe et sont préparés à transmettre cela ici. 


Les anciens joueurs ramènent la rigueur acquise en Europe dans les clubs brésiliens et j’y largement favorable


Beaucoup d’observateurs disent que tu t’es révélé au monde au Tournoi de France en 1997 avec ce but de Roberto Carlos complètement fou. Es-tu d’accord avec cela ? 

Non, selon moi, je me suis révélé bien avant durant mes cinq premières années en tant que professionnel. Bien sûr que jouer pour l’équipe nationale m’a permis d’être mis en lumière et d’avoir une grande visibilité mais j’avais déjà quelque jolis faits d’armes à Sao Paulo. En fait, le Tournoi de France m’a permis d’être adoubé par le football en Europe parce que comme aujourd’hui, l’objectif c’est de jouer sur le Vieux Continent. Pour moi, honnêtement, cela n’a pas changé grand chose. 


L’objectif de tout Brésilien, à mon époque comme aujourd’hui, c’est de jouer en Europe. 


En 1997, beaucoup de clubs te suivent comme le PSG et déjà les Girondins de Bordeaux. Qu’est-ce que ces clubs représentaient pour toi ? Rai n’a pas essayé de te convaincre de venir à Paris ? Que penses-tu aussi de Neymar à Paris ? 

C’est possible en effet mais tu sais, à mon époque, dans les années 90, il n’y avait pas toutes ces technologies qui te permettaient d’être connecté avec le monde entier. Mais j’ai su tout de même que certains très grands clubs anglais, italiens, espagnols et bien sûr français me suivaient avec beaucoup d’intérêt sans que ces derniers aient réellement fait d’offre à mon encontre. Concernant Rai, c’est une légende, il n’a jamais essayé de me convaincre de rejoindre Paris, nous n’avons joué qu’un court moment lui et moi à Sao Paulo avant que je ne m’envole pour le Betis. Concernant Neymar au PSG, pour moi c’est une erreur car je crois qu’il se sentait vraiment à Barcelone et s’était adapté parfaitement au football espagnol. Ce qui a fait la différence sont des intérêts personnels et vouloir être une référence dans le football. Avec tout le respect que j’ai pour la Ligue 1, la Liga espagnole est bien meilleure techniquement parlant, plus compétitive et très disputée. En Ligue 1, bien sûr qu’il va rayonner à côté des autres joueurs mais le PSG veut gagner la Ligue des Champions et c’est vrai que tu as besoin des meilleurs pour ce faire. Je pense que cela a beaucoup influencé Neymar au moment de prendre sa décision. 


Pour moi, Neymar au PSG est une erreur, il se sentait bien à Barcelone et s’était parfaitement adapté à la Liga



Tu as remporté la Coupe du monde 2002 pendant que la France sortait au premier tour. On a l’impression que rien ne pouvait arrêter le Brésil. Comment l’expliques-tu ? 

Le football brésilien s’est toujours caractérisé par la vitesse, les qualités intrinsèques de chaque joueur, habilité, le jeu court dans les petits espaces. Cela a toujours été le cas et c’est ce qui fait notre différence avec les nations européennes. Nous sommes toujours le plus grand marché exportateur de joueurs au monde et nous avons toujours cette image de joueurs différents. 


Le Brésil est toujours le plus grand marché exportateur de joueurs au monde



As-tu été surpris de voir les Français sortir si tôt ?

Tu rigoles ? La surprise était immense tu veux dire ! Tu avais une équipe historique avec des joueurs qui étaient tous des références dans leur clubs à ce moment. Non, tu ne peux pas t’attendre à un tel désastre. Mais regarde, il est arrivé la même chose à l’Allemagne en 2018 et c’est encore pire pour l’Italie qui ne s’est même pas qualifiée pour la Coupe de Monde l’année dernière. 


La surprise de voir la France quitter le tournoi si prématurément en 2002 était une surprise immense !


Quel est l’impact des bons résultats de la Seleçao sur le championnat brésilien ? 

Un impact énorme et pas seulement concernant le football. En fait, c’est un cercle vertueux. Quand le football va bien, le pays est tranquille et il y a du dynamisme dans tous les secteurs. C’est bien plus que du football chez nous. Et puis, un pays champion du monde attire naturellement l’oeil de la planète entière. La visibilité du pays change. 


Savio Bortolini m’a chaudement recommandé de signer aux Girondins de Bordeaux 


Je suis obligé de te parler des Girondins de Bordeaux où tu as laissé une jolie empreinte. Comment se fait-il que tu débarques chez nous ? Peux-tu nous parler de ton arrivée ? 

Bordeaux est une sorte de cadeau sympa, un bonbon. J’ai été tellement heureux de jouer chez vous. Quand j’ai annoncé que je quittais le Betis, Bordeaux a été le premier club à se positionner. J’ai eu une longue discussion avec Savio Bortolini qui m’a chaudement recommandé le club. Il ne m’a dit que des bonnes choses à propos des Girondins de Bordeaux et surtout il a mentionné un détail très important, c’est l’attention que portait le club à ses joueurs mais aussi toute l’affection et le respect omniprésents à tous les étages. Toutes les conditions optimales étaient réunies pour faire qu’on se sente bien. Je n’ai eu qu’un seul regret tout au long de ma carrière, c’est de ne pas avoir renouvelé mon contrat avec les Girondins car je te le répète, j’ai été très très heureux en France. 

Concernant mon arrivée, le coach Ricardo m’a énormément aidé dans mon adaptation. Fernando Menegazzo qui faisait partie du club il y a peu, je crois, a aussi été très important pour moi. Mais je pourrais mentionner Henrique et bien d’autres…J’ai eu des moments extraordinaires et l’équipe tournait bien, nous avons eu de grandes joies en finissant vice champion de France et accédant à la Ligue des Champions. Ca a été une des plus belles saisons de ma carrière. 


J’ai vécu l’une des plus belles saisons de ma carrière aux Girondins de Bordeaux 


Tu parlais de Savio Bortolini, il nous avait révélé pour un Noel justement, qu’il serait ouvert à toute proposition de la part du club. Etre ambassadeur pour les Girondins, cela te plairait ? 

J’adorerais être ambassadeur des Girondins de Bordeaux. Si le club m’invite, je dis oui tout de suite pour les raisons que j’ai évoquées précédemment. J’ai une grande affection pour le club dans tous les domaines. J’ai toujours été transparent avec les Girondins depuis mon arrivée jusqu’à mon départ et puis on va être honnête, quand les résultats suivent comme en 2006, les fans t’adoptent aussi rapidement. J’ai regretté de ne pas resigner à Bordeaux, c’est vrai mais si tu avais vu la proposition financière du club d’Arabie Saoudite, n’importe qui aurait douté, j’ai choisi de partir là-bas derrière et j’ai assumé. 


Ne pas prolonger aux Girondins fait partie du seul regret de ma carrière


Tu es très populaire au Brésil, qu’est-ce qu’on peut te souhaiter de plus ? 

C’est très compliqué comme question, n’est-ce pas ? Je suis très reconnu au Brésil pour ce que j’ai donné au football mais désormais j’aimerais être autant reconnu pour mes qualités dans les métiers de la communication. Grâce à Dieu, cela fait 10 ans que je travaille dans les médias comme présentateur mais je veux plus. J’ai accompli de grandes choses dans le football, j’espère accomplir de grandes choses aussi dans mes nouvelles prérogatives. 


J’espère accomplir de grandes choses dans la communication et les médias, autant que dans le football 


Merci Denilson !

Merci à toi pour ton invitation ! J’ai été très heureux d’échanger avec toi sur ma vie et ma carrière pour les fans en France. Allez Bordeaux ! (en français) 





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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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