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Christophe Gamel : "Mehdi Zerkane fait clairement partie des espoirs les plus côtés de Ligue 1"

Le 09 12 2020 à 18h25

Après avoir maintenu sportivement K.S.V. Roeselare en Proximus League, Christophe Gamel se confie sur son parcours hors du commun.

Christophe Gamel est un entraîneur boulimique de football et avide d’expérience. Il s’accroche à son rêve et le tutoie saison après saison, jusqu’à créer l’exploit de sauver Roulers en Proximus League belge malgré une situation quasi définitive de relégation à son arrivée sur le banc. Passé par la Hongrie, les pays du Golfe, l’Océanie et le PSG, ce stakhanoviste né attend désormais qu’une nouvelle opportunité se présente et pourquoi pas l’Excel Mouscron.



Bonjour Christophe, tu démarres vraiment ta carrière en Hongrie aux côtés de János Pajkos. Comment arrives-tu là-bas ?

A l’époque, j’ai un pote qui travaillait pour un agent de joueur. Il y avait quelque joueurs africains dans un club hongrois et ces derniers ne parlent pas la langue, donc ils ont besoin d’un entraîneur qui parle français. J’arrive là-bas, il y avait un terrain correct, j’ai dû m’occuper d’un joueur africain qui était blessé et je n’avais presque rien. J’ai dû faire avec les moyens du bord et tous les jours, il y avait un mec qui venait s’asseoir sur le banc tous les jours et qui me regardait faire la ré-athlétisation du joueur. Il avait une carrure imposante et il me regardait faire. En fait, c’était János Pajkos qui venait voir comment je bossais. Il ne parlait pas anglais, je ne parlais pas hongrois mais on se comprenait. Ce qui m’a fasciné, c’est la façon dont il arrivait à cerner ses joueurs. En fait, chose folle, pendant ses causeries, il m’avait appris à dire « oui »


ou « non » et parfois, il se tournait vers moi en me faisant un clin d’oeil ou un signe de tête et je savais s’il fallait répondre « oui » ou « non ». Et cela marchait auprès du groupe, cela me permettait d’être intégré dans le staff et à la vue des joueurs et lui, renforçait son discours. C’était un filou, il savait manager. Dis toi que je n’ai jamais compris un mot de ce qu’il racontait (rires).

C’était une équipe au classement très bas et on se sauve.


János Pajkos ne parlait pas anglais, je ne parlais pas hongrois mais on se comprenait.



Tu pars ensuite vers le Qatar, c’est ta chance n’est-ce pas ?


Je reçois un coup de fil du Qatar. J’ai cru que c’était des potes qui me faisaient une blague. En fait, c’était le directeur technique national du Qatar qui m’appelle pour entraîner les U18. Au début, j’ai raccroché car je n’y ai pas cru et puis la secrétaire de la fédération m’a rappelé avec la proposition.


Je pars un an là-bas et à l’époque, Bruno Metsu était le coach de l’équipe une. C’était un Monsieur du football et on se marrait beaucoup. Au Qatar, j’ai rencontré des gens que je n’aurais jamais rencontré en France. On entend dire souvent que là-bas, c’est particulier etc...mais honnêtement, ceux qui ont des problèmes sont ceux qui font des bêtises, moi, je me suis adapté et ça a roulé. Les installations là-bas sont extraordinaires. On s’entrainait à ASPIRE. Tout le monde se côtoie et ça, c’est très riche. Ils ont beaucoup investi sur leurs jeunes, il y a des années et leur victoire en Coupe d’Asie est le fruit d’un long travail.




La victoire du Qatar en Coupe d’Asie est le fruit d’un long travail


Al Rayyan qui est un gros club là-bas vient te chercher...


Après mon expérience avec les jeunes du Qatar, j’ai le président de Al Rayyan qui vient me voir pour me demander d’intégrer son club. Je fais la navette entre la réserve pro et les pros qui sont entraînés


par Paulo Autauri qui a tout gagné avec Sao Paulo dont la Coupe du monde des clubs en 2005. Il m’a beaucoup appris notamment sur le plan de la rigueur. Il mettait des règles collectives fortes. Moi je l’ai vu remplacer son capitaine et un jeune joueur parce qu’il les avait surpris à manger des chips alors qu’il avait prévenu. Nous étions en stage en Hollande à ce moment, je peux te dire que les joueurs ont fait aller-retour dans la journée. Il ne s’est pas posé de question. Cependant, dans l’analyse tactique et la connaissance football pure, c’était un grand homme. Au fur et à mesure que tu rencontres des personnes, tu apprends d’eux.


Et puis Alain Perrin est venu me chercher mais le club n’a pas voulu. Il m’avait invité chez lui et on avait fait une bonne bouffe, j’en garde un super souvenir. Je peux te dire qu’il n’est pas arrivé là par hasard. Il est très minutieux.


Paulo Autauri m’a beaucoup appris au niveau de la rigueur et de ses analyses tactiques



Tu intègres ensuite le PSG, cela semble fou !


J’aurais pu rester au club d’Al Rayyan mais j’ai décidé d’avancer et je voulais faire des choses. Je rentre du Qatar et je reçois un coup de fil du PSG pour intégrer la division féminine. Je venais à peine de rentrer. J’ai accepté le projet où j’ai passé quatre années fantastiques et puis, je côtoie Carlo Ancelotti qui a changé le PSG. Imagine, je n’osais pas lui parler. Le mec connaissait tout le monde au club. Je vois des joueurs comme Beckham, Ibrahimovic s’entrainer. Les gens doivent comprendre qu’ils ne sont pas là par hasard. Les mecs arrivent 2-3 heures avant tout le monde, ce sont des machines à gagner, des professionnels. Ce sont des exemples à suivre et pas sûr que certains joueurs l’aient compris.




En France, les mecs restent deux heures au club et c’est fini, ils rentrent chez eux.


C’est à dire ?


C’est vrai qu’en France, on est très bon dans la formation mais tu les vois, ils arrivent deux heures au club, ils repartent chez eux, c’est fini. Tu vas à l’étranger où tu vois comment les joueurs et entraîneurs étrangers travaillent, là tu as de gros volumes de travail. Cela fait 10 ans maintenant que je voyage beaucoup et cela te coûte beaucoup personnellement, il faut être accroché. Mais tu comprends pourquoi les clubs à l’étranger remportent des titres continentaux et pas nous.



Comment vas-tu aux Fidji ensuite ?


Il y a un championnat local complètement amateur. Des fois, ils font des tournois et je sélectionne parmi ces joueurs. Au départ, j’ai toujours eu l’équipe sénior, après j’ai créé les féminines. J’ai formé des locaux pour former les U17, les U19 etc... Si tu ne formes pas en amont, tu es foutu. J’ai vécu deux ouragans, c’est costaud. J’ai vu des containers de bateau en plein milieu d’un champ. Tu peux pas jouer contre la nature mais un pays fantastique, des gens incroyablement humain. Une culture un peu à l’ancienne où les seniors ont leur place, toutes les religions s’acceptent. Il faudrait prendre exemple. Par contre, niveau football, il fallait tout faire mais on ramène un titre après 14 ans de disette. On a ramené une médaille des jeux du Pacifique. Cela récompense deux ans de travail. J’ai aussi aidé un club avec qui je fais une finale de Champion’s League d’Océanie. On fait un parcours extraordinaire. Mais on prend une volée en finale. Mes joueurs avaient souffert de la différence de température. On n’avait plus de budget pour acheter du matériel chauffant et des crampons moulés. Tu imagines ? Tu perds à un match de la Coupe du monde des clubs avec Lautoka FC. C’est fou.


On bat l’île Maurice avec Fidji, c’était une première. On bat aussi la Nouvelle Calédonie qui bénéficie de la formation française. Ils m’avaient fait un renouvellement de quatre ans et j’ai cassé mon contrat.





Avec Lautoka FC, on rate la Coupe du monde des clubs à un match !


Comment passes-tu de l’Océanie à Roulers en Belgique ?


Mickael Sylvestre avait été invité pour les awards du football fidjien. Il m’appelle quelque temps après et me demande si je suis libre. J’allais signer avec Maurice. Il me demande de regarder le projet de Roulers. Toute la nuit, j’ai regardé les matchs et le lendemain, je pars à Londres, je présente un projet et je ne suis pas retenu. Ils voulaient un gros nom. Finalement, cela ne se fait pas avec cette personne. Je suis finalement choisi le mercredi, le jeudi, je fais mon premier entrainement et le vendredi je dirige mon premier match où on gagne. J’ai finalement eu peu de défaites et un état d’esprit irréprochable de mes joueurs.



Mickael Sylvestre me branche avec Roulers qui est relégable. Le mercredi, je donne mon accord, le vendredi, on gagne notre premier match


Tu changes le système de jeu dès ton arrivée je crois ?


Oui, en effet. Je récupère aussi Arnold Mvuemba au milieu de terrain qui nous a beaucoup aidé. Un super mec. Je décide de fluidifier la relation entre l’attaque et le centre, j’ai même parfois joué à six attaquants ! Je change toute ma défense où je mets deux jeunes de 19 ans. Ils sont à l’écoute et ça marche. On finit avec la deuxième-troisième attaque du championnat en perdant Naessens, notre attaquant principal.


J’ai perdu finalement beaucoup de monde sur blessure. Regarde, j’avais 5-6 jeunes de l’académie. Tu imagines ?


Arnold Mvemba est un super mec et nous a beaucoup aidé dans cette mission maintien



Au niveau de tes joueurs, que peux-tu me dire d’eux ?


J’ai évidemment beaucoup compté sur Arnold qui est quelqu’un de travailleur et qui nous a tiré le groupe vers le haut. J’ai eu des supers joueurs comme Godwin qui va très vite. Bon pressing mais il a du mal sur la distance. Comme je ne l’ai pas eu depuis le début, ce n’est pas évident. Le petit Holmes m’a fait de belles choses aussi. En attaque, Tulio aimait bien jouer sur les côtés et dans la profondeur il peut être intéressant. Mais tu sais globalement, il y avait beaucoup de joueurs prêtés et c’était très compliqué de se projeter.



Tu as un parcours très atypique, comment l’expliques-tu ?


Quand tu n’as pas joué en pro à un certain niveau, qu’est-ce que tu dois faire ? Tu es obligé d’accepter des challenges à l’étranger dans des petits clubs. Là où personne ne voulait aller, il fallait que j’y aille.




Quand tu n’as pas eu de carrière professionnelle en tant que joueur, tu es obligé d’accepter des challenges à l’étranger dans des petits clubs.


Que peux-tu me dire sur ton avenir ?


Ecoute, comme tu le sais, le club n’a pas obtenu sa licence pour jouer en professionnel l’année prochaine donc je suis à l’écoute d’un nouveau projet. Après avoir sportivement maintenu Roulers, j’espère pouvoir enchaîner sur quelque chose de sympa. L’Excel Mouscron fait partie de ces défis alléchants.



Tu épaules un de tes amis au Paradou en Algérie. Que penses- tu de Mehdi Zerkane ?

C’est un joueur très intéressant promis à un grand avenir. Il vient d’être appelé chez les A et je n’ai pas de doute quant à la capacité de Jean Louis Gasset à le faire progresser. Il faut le laisser s’exprimer et le laisser s’épanouir. Il a une très bonne première touche et s’il décide de répéter ses efforts au plus haut niveau,


Bordeaux et lui en sortiront grandis. Pour moi, il fait clairement partie des espoirs les plus côtés de Ligue 1.


Mehdi Zerkane fait clairement partie des espoirs les plus côtés de Ligue 1



Merci Christophe !

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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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