Benoit Cauet : " Paulo Sousa est un métronome à l'image de ce qu'il était en tant que joueur "

Le 09 02 2020 à 18h24

Le duo Benoit et Kevin Cauet nous a accordé du temps pour évoquer leur nouveau challenge à Concarneau, Paulo Sousa, les Girondins de Bordeaux et bien sûr la Coupe d'Europe remportée par Benoit en 1998 avec Ronaldo, le Brésilien.

A l’occasion du derby de l’Atlantique, Kevin et Benoit Cauet ont accepté de répondre à nos questions. Les entraîneurs père et fils de Concarneau en National, partagent leur challenge et décryptent aussi le FC Nantes ainsi que les Girondins de Bordeaux. 


Bonjour à vous deux et merci de m'accorder un peu de votre temps. Comment le projet de Concarneau s'est-il présenté et qu’est-ce qui vous convaincu ?

Kevin Cauet : J’étais en Bulgarie, on a gagné le championnat et je suis rentré en Italie. Il y avait l’idée de repartir aux USA et quand le coach (Benoit Cauet ndlr) a reçu la belle proposition d’entraîner Concarneau, il m’a demandé si j’étais ok pour le rejoindre. Avec beaucoup d’enthousiasme cela s’est fait. Il y avait l’excitation du challenge, de travailler avec mon père bien sûr et puis l’envie d’arriver le plus haut possible. 


Benoit Cauet : Le discours du président a été super, bon échange et on s’est bien trouvé. Les aléas ont fait que je me suis retrouvé à Concarneau, c’était nouveau pour moi, une envie de changer.


Entraîner Concarneau s'est fait avec beaucoup d'enthousiasme


Concarneau est un port de pêche mêlé à un patrimoine historique hors du commun. Y-a-t-t-il une ferveur pour le football ?

KC : Absolument, bien plus grande que ce que l’ont croit. Les personnes qui vivent ici se connaissent toutes. On a été très bien accueilli : les supporteurs, bénévoles..nous avons été très surpris en effet. 


BC : On a une vraie chance d’avoir ces supporteurs là. On a plus de 2000 supporteurs à l’année et nous ne jouons pas les premiers rôles, c’est dire ! Si les choses vont bien, on peut espérer mieux. Cette passion et cette vision des choses est formidable. On a très envie de répondre à leurs attentes.


A Concarneau, nous avons plus de 2000 supporteurs à l'année en National 1


Quel est votre projet pour le club ? Avez-vous un regard sur la formation et l'ensemble du football à Concarneau ?

KC : C’est une vraie aventure à 360° degrés. Nous sommes amenés à faire différentes choses, on touche à tout. On met nos compétences au service de la formation. On se divise énormément le travail entre les séances, la vidéo, la programmation etc… C’est très enrichissant. 


BC :  Je regarde tout. C’est aussi mon rôle. Il y a des entraîneurs en place avec une politique de jeunes. Les U18 ont remporté leur championnat, cette équipe se comporte très bien. Le gap entre le niveau régional et national est très intéressant. On en tirera des satisfactions. 


Pour le mercato, nous ne pouvons pas nous permettre de prendre n'importe qui


Le mercato est-il un levier pour revenir plus haut dans le classement ? 

KC : La réalité difficile du National, à part certain clubs qui arrivent de la Ligue 2, où il faut savoir dénicher certain profils : les jeunes joueurs qui sont en train de grandir, les jeunes qui désirent un prêt et trouver le bon mix entre les attentes de l’entraîneur et les qualités du joueur. 

Après, Concarneau, on y vit très bien, c’est un cadre top pout pouvoir progresser et cela pèse dans la balance. Dans l’évaluation, il faut prendre en compte la maturité du joueur. On ne peut pas se permettre de prendre n’importe qui. Il faut des joueurs d’un certain calibre, on ne peut pas se permettre de se tromper car le championnat est exigeant


BC : Oui, en effet. A partir de là, il faut être cohérent : Il fallait augmenter nos capacités même si nous n’avons pas beaucoup d’argent avec l’un des plus petits budgets du National. Mais le président a fait un effort pour aider ce club avec toutes les collectivités. On a le support de tous, il y a aussi des lois qu’il faut respecter, il faut être cohérent avec nos moyens.


Le National est un championnat qui joue beaucoup sur les erreurs des autres



Quels sont les difficultés que vous rencontrez en National ? 

KC : C’est un championnat qui joue beaucoup sur les erreurs des autres. On n’a pas les meilleurs joueurs du monde dans cette ligue et c’est pour ça aussi que cela ne pardonne pas. On a aussi des bons joueurs qui arrivent de centre de formation la gueule enfarinée et au premier match, ils comprennent tout de suite qu’il y a un fossé avec une réserve professionnelle. Il faut vite se mettre dans le bain car les points, il faut vite aller les chercher. Ici, tu fais avec ce que tu as. Tu es obligé de travailler comme un professionnel alors que tu n’as pas toutes les conditions pour le faire. 

Quand tu regardes, Rodez, Chambly etc..personne n’est décroché ce qui veut dire qu’entre Ligue 2 et National, ce n’est pas si différent. Maintenant, entre l’Inter et Concarneau, c’est une expérience que j’essaie de transmettre, on essaie de faire progresser des jeunes joueurs et leur faire prendre du plaisir. 


BC : Il faut savoir où on met les pieds. Il faut savoir dans quelle catégorie on est. Mon expérience d’éducateur de l’Inter m’aide mais le National n’est pas une catégorie de jeunes, on est là pour gagner des points et se sauver. On voit ce qu’on peut établir. Notre philosophie, c’est de s’imposer. Des fois, on y arrive, des fois pas mais on ne lâche rien.



Vous avez recruté Andrew Jung, un joueur que vous connaissez bien. Comment cela s’est-il fait ? 

KC : Facilement. C’est un très bon joueur, surtout pour la catégorie. Il connait la réalité du club, niveau adaptation, tu ne perds pas de temps. En Ligue 1, on voyage dans de grandes villes, ce qui n’est pas le cas du National et il faut y être préparé mentalement. 


BC : On a pris Andrew Jung car on le connaissait, il a faim, on compte sur sa motivation, cette envie de vouloir franchir les choses avec de la volonté et du travail. Il peut nous apporter énormément.



Comment s’articule votre quotidien entre vous deux ? 

KC : Grande complicité. Le coach décide c’est à dire, qu’il dit ce qu’il veut et avec le staff, on travaille pour réaliser ces objectifs là. C’est une limite qu’on a fixée entre nous. Rester rationnel et focus sur notre cap. On est beaucoup dans l’échange, dans la recherche d’une progression personnelle et collective. Chacun sait ce qu’il a à faire, le tout pour que les joueurs soient au mieux de leur forme et que le coach fasse les meilleurs choix possibles. 


BC : Il y a un travail en amont, un développement sur nos séances, un travail pour arriver à être prêt. Dans l’animation, je prends ce rôle là. Dans la partie tactique, on s’articule avec le staff, on essaie que tout le monde ait sa place avec une vision pour que l’ensemble apporte sa pierre à l’édifice. C’est le groupe équipe qui prime pour arriver à la victoire. 


J'ai réussi à gagner des titres dans l'un des clubs les plus appréciés par sa manière de jouer, c'est forcément une fierté


Quels souvenirs avez-vous tous les deux de votre passage à Nantes, Benoit ? 

KC : J’ai une anecdote rigolote : quand il était au FC Nantes, j’étais à l’école des jeunes, et Olivier Monterrubio m’entrainait. Pendant longtemps, j’ai été amené à le suivre. C’est à partir de Paris, que j’ai plus de souvenirs. 


BC : Je n’ai que des bons souvenirs. J’ai été formé à Marseille et j’ai eu la chance d’intégrer cet effectif nantais et de vivre des moments privilégiés avec ce groupe formidable. Ce passage m’a aidé énormément dans ma carrière au travers de ce style de jeu particulier. On a réussi à gagner des titres dans l’un des clubs les plus appréciés par sa manière de jouer. Ce sont des choses que j’ai et que j’essaie de transmettre à mes joueurs. Ca fait partie de mon bagage, chose que j’essaie de donner à Concarneau.


Avec les Girondins, cela aurait pu se faire quand j'étais à Nantes


Benoit, avez-vous déjà été contacté par les Girondins de Bordeaux dans votre carrière ? 

BC : Avec Bordeaux, cela aurait pu se faire quand j’étais à Nantes. Je pense qu’il faut s’arrêter dans le temps et penser à Sala. Ce match de Nantes sera un moment de grande émotion (interview faite avant le match ndlr). Le derby est un match de grande intensité. C’est un match qui doit se gagner. Il y a deux grands entraîneurs qui savent bien faire jouer leur équipe respective.


Paulo Sousa est un métronome à l'image de ce qu'il était en tant que joueur


Justement, Benoit, vous me faites une passe décisive. Que pouvez-vous nous dire sur Paulo Sousa que vous avez connu à l’Inter ? 

BC : Paulo et moi, on se connait bien car c’était mon partenaire de chambre à l’Inter. Il était souvent blessé, moi un peu moins (rires). Tout le monde adore le garçon, c’est un métronome à l’image de quand il jouait. Il avait une vision du jeu, il avait la capacité de réaliser des choses en un instant. Il est à l’image de ce qu’il était en tant que joueur, un homme carré avec un projet de jeu. Là dessus, il a fait de très bonnes choses. A Bordeaux, ils ont fait un bon choix de l’amener avec sa vision d’un foot qui est plaisant. Le foot ce n’est pas toujours rose mais là dessus, même s’il y a des défaites, on s’en sert pour déplacer les difficultés et arriver à être meilleur.


Remporter la Coupe UEFA en 1998 était un truc hors norme


Vous remportez la Coupe UEFA avec l’Inter. Une sacrée saison n’est-ce pas ? 

BC : On a fait un truc hors norme car cette saison là car à chaque fois, on a toujours perdu un match sur les deux et on devait récupérer et compenser derrière. Ce fut compliqué mais c’était un souvenir incroyable car il fallait remonter le score, à Lyon, Schalke, Spartak Moscou. Ce fut particulier car le match le plus facile est la finale (rires). On marque assez vite avec Zamorano et Ronaldo fait une partie incroyable avec ce face à face avec le gardien. Dans cette aventure qu’on a réussi à gagner, c’était un vrai challenge de tous les instants. L’équipe était forte, on dépensait énormément d’énergie en championnat, on commettait des erreurs et on a toujours fait des matchs incroyables pour retourner les situations. On était un vrai groupe, une vraie équipe, on s’est régalé.


Peu d'équipes en France peuvent rivaliser avec le top européen


Comment expliquez-vous qu’aucune équipe française n’ait remporté ce trophée ? 

BC : Je n’ai pas la science infuse mais je pense que c’est une question de niveau. Il y a peu d’équipes en France qui peuvent rivaliser avec le top européen. La seule équipe en France qui peut gagner la coupe d’Europe c’est Paris. Une autre, c’est Marseille car c’est dans leur habitude, c’est dans le vécu du club. Après, on en revient toujours à des situations d’équipe, de mentalité. Quand tu n’es pas habitué et que tu arrives au bout, il y a beaucoup de stress et énormément de difficultés. Quand tu es coutumier du fait, tu rencontres les mêmes équipes. Là aussi, il faut clarifier les objectifs. Il faut être costaud pour arriver à gagner ce genre de titre. Il faut la mentalité et la capacité, c’est cela qui manque un peu.


Seules les grandes équipes sont capables de faire ce que les Girondins ont fait face au Milan AC de Capello


Bordeaux qui gagne contre les Invicibli de Capello en 1996. Vous vous en souvenez ?

BC : C’est un exploit historique, je crois que quand tu fais des choses comme ça, c’est que tu as une équipe extraordinaire, que tu as un groupe qui est capable de faire des remontées, ça veut dire que tout le monde y croit et après il faut avoir cette capacité à amener tout le monde en haut. Seuls les grands joueurs arrivent à faire ça et Bordeaux avait une grande équipe. Sur ce match là, les Girondins ont été nettement supérieurs à ce Milan AC. 


Que peut-on vous souhaiter pour 2020 Messieurs ?

KC : Un maintien +. Continuer à progresser et avoir beaucoup de joie et de plaisir. 

 

BC : Un maintien ça me va, du plus, je prends aussi. On est là, on a la chance de pouvoir remonter, on a encore un coeur, on y croit. A mes joueurs de prendre encore plus conscience, prendre les enseignements des claques qu’ils ont pris depuis 6 mois et aller chercher un maximum de points pour le restant de la saison.


Merci Messieurs ! 



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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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