Blocker notice

Aljosa Asanovic : "Pour Toma Basic, le meilleur est à venir."

Le 31 12 2020 à 12h55

3ème de la Coupe du monde 1998, Aljosa Asanovic évoque Toma Basic, les Girondins de Bordeaux et bien sûr la formation en Croatie.

Aljosa Asanovic est l’un des joueurs croates passés par la Ligue 1 durant les années 90. Il a fait partie de la grande équipe des Suker, Bilic, Boban et bien d’autres avant de devenir entraîneur. Après toutes ces années, il garde une attache particulière avec la France et a pris le temps pour parler football. 


Bonjour Aljosa, vous êtes maintenant entraîneur. Quels sont vos principes de jeu ? 

C’est difficile de résumer cette questions en quelques phrases. Bien sûr, j’adore les transitions rapides et c’est très important dans le football si tu veux gagner mais tu dois aussi t’appuyer sur un bloc défensif solide quand tu perds le ballon. Aujourd’hui, les équipes s’efforcent d’être omniprésentes sur le terrain. Mais cela dépend de tes joueurs et de la qualité de ces derniers. Indépendamment d’une discipline et d’une bonne organisation, pour moi, cela semble difficile de mettre en place un projet, quel qu’il soit et encore plus avec une équipe de football. Personnellement, je prône un football moderne, fluide, rapide et surtout simple. 


Hadjuk Split a eu et possède encore l’une des meilleures écoles de football (…) au moins en Europe


Vous venez de l’Hadjuk Split, l’une des meilleures académies au monde. Quelles sont ses spécificités ? 

Hadjuk a eu et possède encore l’une des meilleures écoles de football, si ce n’est pas du monde, c’est au moins en Europe. C’est la somme de rouages précis et d’un travail fait par des grands professionnels dans toutes les catégories d’âge avec une belle organisation avec pour objectif de toujours se pencher sur la qualité du jeu et l’amélioration de la technique. Nous avons toujours eu de grands joueurs en Dalmatie, c’est un mélange de pas mal de facteurs. Le climat, les gênes, la mentalité, la technique et le talent font que nous avons d’excellents joueurs. Pas que dans le football mais dans le sport en général. 


Pour Toma Basic, le meilleur est à venir.


Il y a beaucoup de connexion entre Hadjuk et Bordeaux. Que pensez-vous de Toma Basic ? 

Toma est en train d’enchaîner sa troisième aux Girondins. À son âge, je crois qu’il n’y a pas besoin d’ajouter grand chose, cela montre sa classe et sa qualité. Je l’ai suivi depuis Hadjuk et j’apprécie beaucoup le joueur qu’il est, la façon dont il voit le jeu. Il a un super pied gauche et quand il casse les lignes, c’est superbe. Le meilleur est à venir. 


Les frère Vujovic ont aussi joué à Bordeaux. Avez-vous parlé de Bordeaux avec eux ? 

Les jumeaux n’ont pas seulement laissé une marque à Bordeaux mais dans le football français et européen et encore plus à Split. C’était une sacrée génération de joueurs, cela remonte d’ailleurs à mes débuts en tant que professionnel. Ils ont fait de grandes carrières en France. Mais, nous n’avons jamais abordé la séance de penalties face à Leipzig en 1987. Moment dont je me souviens parfaitement. 


Les jumeaux Vujovic n’ont pas seulement laissé une marque à Bordeaux mais dans le football français et européen


Vous avez évolué sous les ordres de Gérard Gili. Comment sentait-il le jeu ? 

J’ai effectivement joué pour Gili qui a entraîné Bordeaux et Marseille. C’est quelqu’un dont on minimise l’apport au football français. Il a énormément apporté de nouveauté à votre façon de faire. J’aurais aimé collaborer une nouvelle fois avec lui et je regrette que cela ne se soit pas produit. Je me souviens d’un match contre Bordeaux en 93 je crois où nous faisions aussi une bonne paire au milieu avec Thierry Laurey. C’était un super partenaire et nous nous comprenions bien. 


On minimise l’apport au football français de Gérard Gili 


En 1995-96, Slavo Muslin cherchait un milieu à Bordeaux. Avez-vous été en contact avec le club ? 

Je ne suis pas au courant de cela mais sache que j’avais signé un pré-contrat en 90/91 avec Bordeaux avant d’aller à Cannes mais l’affaire de Ljubomir Barin dont tu dois sûrement te rappeler a envoyé votre club en deuxième division et j’ai finalement rejoint Cannes. Le président était Alain Afflelou il me semble (mauvaise prononciation dans l’interview ndlr). Muslin a eu une carrière incroyable où il a traversé pas mal de pays. En Serbie, il est l’un des meilleurs experts du football, notamment concernant la formation. 


J’avais signé un pré-contrat en 90/91 avec Bordeaux


C’est difficile de ne pas vous parler du Cannes 91/92 où vous évoluiez avec Zidane…

(Il rit) Comment ne pas se souvenir de Zidane ? Même si à mon époque, on pouvait voir un formidable potentiel, il n’y a pas besoin de revenir sur sa vision de jeu, sa technique, son jeu en interruption, sa technique de tête, tout a été dit et disséqué à son propos. C’est l’un des meilleurs joueurs de l’histoire de ce sport. 


Zidane est l’un des meilleurs joueurs de l’histoire de ce sport


Vous avez joué avec Alen Boksic. Quel genre d’attaquant était-il ? 

Pour moi, c’était l’un des meilleurs d’Europe, peut être même le meilleur durant quelques années. Encore aujourd’hui, dans certains segments du jeu, il est toujours inégalé selon moi. C’était un joueur de classe mondial, moderne. Quand tu regardes sa carrière et les titres qu’il a remportés…cela est parlant. 


Boksic est encore aujourd’hui, dans certains segments du jeu, toujours inégalé


Vous avez connu l’historique adjoint de Wenger, Bora Primorac. En quoi était-il différent ? 

C’était mon entraîneur à Cannes pendant une courte durée. Il a fait des choses magnifiques avec Arsène. Cela a été son bras droit pendant des années. C’est aussi l’un des meilleurs avec qui j’ai eu la chance de jouer. Il est à Hadjuk aujourd’hui, et je suis sûr qu’il saura redonner un nouveau souffle à l’équipe et à ses futurs résultats. 


Primorac est l’un des meilleurs techniciens avec qui j’ai eu la chance de jouer


Je suis surpris de ne pas vous voir dans un club en France. Avez-vous des contacts ? 

Je ne suis pas le seul à avoir une belle expérience. En France, il y a aussi beaucoup de personnes qui ont une carrière similaire à la mienne. Ce n’est pas facile de trouver un projet en France même si le désir est grand. Je garde en tête deux clubs gravés dans ma mémoire : Metz et Montpellier, ils sont restés spéciaux pour moi. Je suis aussi navré de la trajectoire de Cannes et si nous avons eu de bons moments, j’aurais souhaité que le club soit à un meilleur niveau…


Je garde en tête deux clubs gravés dans ma mémoire : Metz et Montpellier


Pensez-vous que les clubs français ont des réseaux suffisants dans les pays d’ex-Yougoslavie ? 

Je pense que les clubs français ont des contacts mais le football s’est tellement internationalisé que rien n’est laissé au hasard. Il m’est difficile de parler de scouting ou de contact car je ne suis pas à l’intérieur des clubs. Cependant, si ce n’est pas le cas, c’est vraiment la honte. Pour moi, cette partie de l’Europe est la pouponnière des talents de demain. 


L’ex-Yougoslavie est la pouponnière des talents de demain.


Bordeaux et le Standard recherchent un attaquant. Quel joueur croate pourriez-vous leur conseiller ? 

Ils n’ont qu’à m’appeler (rires). 


Vous avez joué la demi-finale face aux Français en 1998 après avoir battu l’Allemagne championne d’Europe en titre (3-0). Que pensez-vous de votre prestation personnelle sur cette compétition ? 

Nous avons joué les meilleurs matchs de notre génération cette année-là et je pense que la rencontre face à la France en 1998 était le couronnement de ma carrière. Je me souviens de tous les matchs, pas uniquement la victoire face à l’Allemagne. J’étais vraiment satisfait de mes performances en équipe nationale, particulièrement en France et en Angleterre, deux ans plus tôt. Cela me rend nostalgique car nous avons partagé beaucoup de choses ensemble. 


Je pense que tout a été dit sur ce parcours. Nous nous sommes établis en tant que nation du football et ce fut là, nos débuts. Nous jouions à Paris face à la nation hôte et nous avons été à un pied d’aller en finale. Si nous avions tenu quelques minutes de plus…Après, il y a deux buts de Thuram incroyables et un Zidane décisif en finale. Il faut rappeler que nous battons ensuite la plus grande équipe des Pays-Bas de tous les temps pour la troisième place. Il y a eu des regrets en effet. 


Il faut rappeler que nous battons la plus grande équipe des Pays-Bas de tous les temps pour la troisième place.


Qu’avez-vous pensé de la faute de Blanc sur Bilic ? 

Honnêtement, sur le coup, je n’ai pas vu la faute. Après, sur le ralenti, bien sûr. Mais je n’ai pas plus d’opinion que ça sur le sujet. 


Je serais heureux de pouvoir travailler en France, ce n’est pas un secret


Où en êtes-vous actuellement ? 

Je suis toujours dans le football. Actuellement, je suis instructeur pour la Fédération croate. Bien sûr que je serais heureux de pouvoir travailler en France, ce n’est pas un secret. Je pense que je pourrais apporter énormément à un club avec mon expérience et mon savoir-faire. J’ai eu la chance de côtoyer des grands joueurs et des grands entraîneurs pendant des années et c’est gravé en moi. 


Je crois énormément en la circulation du ballon, la tactique et une discipline de jeu forte. Le football ce sont des émotions et accessoirement, c’est ma vie. 


Il est compliqué pour moi de te parler d’un système de jeu en particulier, personne ne le peut, car tu dépends des joueurs à ta disposition. Dans des circonstances idéales, je choisirais le 4-3-3 car il te permet de jouer à la fois les phases offensives et défensives de façon équilibrées. J’adore ce que fait Lille en ce moment, c’est de l’art. 


Merci Aljosa ! 

  • 2220 vues
  • 0 commentaires

L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

Voir les articles