Talent expatrié

Le 29 07 2018 à 09h11

Nous sommes allés à la rencontre de Sébastien Desabre, sélectionneur de l'Ouganda. Globe-trotteur passionné de ballon rond.

Sébastien Desabre fait partie de ceux qui vont jusqu'au bout. Ami d'Hervé Renard, le charismatique entraîneur français peut désormais se targuer d'une jolie réputation de l'autre côté de la Méditerranée. Depuis son arrivée sur le continent africain, le Français a tutoyé les plus belles ambiances et expériences footballistiques du coin. Aujourd'hui à la tête de l'Ouganda, ce globe-trotteur passionné nous répond avec passion et simplicité.


Comment décririez-vous cette sélection Ougandaise ?

Une organisation assez jeune qui a eu 2 coachs expatriés par le passé dont un qui était serbe ( NDLR: Milutin Sredojevic) et entraîne maintenant l'Afrique du sud. Depuis 3-4 ans , l'équipe s'est reorganisée et le gouvernement commence à s'intéresser au football, commence à financer la sélection nationale. C'est une sélection qui demande à être organisée malgré qu'elle soit déjà professionnelle. Elle s'est qualifiée pour sa première CAN au Gabon. L'objectif est de passer un "step" avec cette équipe et de se qualifier pour la seconde fois consécutive à la prochaine CAN au Cameroun en 2019.


Comment réussissez-vous à faire votre sélection ?

Il y a pas mal de joueurs qui jouent à l'étranger. En Albanie, en Belgique, au Portugal, en Roumanie notamment. C'est une sélection qui a 24-25 ans de moyenne d'âge et constituée de 4 ou 5 apports de joueurs locaux. Ceux sont des joueurs qui ont de la qualité Un football commence à s'organiser et on commence à voir les fruits du travail des gens qui avait été fait précédemment. Je souhaite poursuivre cela. Il y a un joueur également un anglais qui a la double nationalité qui nous a rejoint. Nous avons un travail de recherche de certains joueurs qui ont la double nationalité.


Est-ce compliqué de trouver des joueurs double nationaux pour la sélection ?

Il y a deux possibilités. Ils sont très jeunes et croient qu'ils ont la possibilité de jouer en équipe nationale comme en Italie ou en Suède. Une fois que ces joueurs là s'aperçoivent qu'ils ne pourront pas faire un parcours international avec la sélection dans laquelle ils jouent, le joueur a le choix de l'Ouganda. Je ne force pas les joueurs, je veux qu'ils soient très motivés à venir. Ce n'est pas très difficile de les faire venir car souvent ils sont partis très jeunes et ont la fibre africaine. A un moment donné, l'amour du pays, du maillot et c'est un honneur pour eux de venir en sélection. Je dirais que j'ai plus de choix à faire pour l'équipe que de joueurs à aller chercher.


"Il y a beaucoup d'arrières gauches bons qui sont en Afrique comme Oyongo qui a signé a Montpellier"


Avez-vous en Ouganda une infrastructure comme le centre de Clairenfontaine pour la France ?

Non pas vraiment. On a des projets FIFA qui ont été fait avec des terrains synthétiques et des centres techniques . On a un grand stade de 50 000 places, le Mandela Stadium, qui est notre stade principal. Après pour le championnat local, il faut encore développer petit à petit les infrastructures, les surfaces de jeu, l'organisationnelle et le scouting des joueurs. Il y a un championnat de ligue 1, ligue 2 et de U18 donc il n'y a que ces 3 championnats d'organisés, ce qui est peu pour un pays de 48 millions d'habitants. 


Comment expliqueriez-vous la faveur africaine ?

En termes d'expérience personnelle de coach, j'ai eu la chance d'entraîner de grands clubs africains et donc de participer à la ligue des champions aficaine. Quand tu joues devant 80 000-100 000 personnes, ce sont des choses qui n'ont rien a voir avec le championnat français. Il faut le vivre. En Egypte, c'est 10 000 personnes aux séances d'entrainement. Les gens vivent pour le foot. Ceux sont des passionnés attachés à leur club. Ceux sont des atmosphères de travail à gérer. Même les grands joueurs ont une certaine pression. En termes de coaching, cela nous amène une expérience incroyable.


Discutez-vous avec d'autres entraîneur français du potentiel de l'Afrique ?

Forcément cela fait longtemps qu'on est expatrié en Afrique donc on échange. Pour ma part ça fait 9 ans que je suis parti en Afrique et je ne regrette pas du tout ce choix. Cela nous a fait grandir en termes d'expérience. Je regrette juste que la fédération française nous suive pas sur certaines choses. Il ne s'ouvre pas vers l'étranger et c'est dommage. Les entraîneurs français ne sont pas forcément reconnu à l'étranger. On ne sent pas le soutien de la FFF.


Pensez-vous qu'il y a un manque de partenariat avec les clubs de ligue 1 ?

Non cela dépend de comment le partenariat peut être fait. Je dis oui si il y a un partenariat dans le développement des formateurs dans ses clubs de ligue 1 en Afrique. Nous sommes dans une relation ""commerciale". C'est plus de fédération à fédération et la CAF ici fait beaucoup de choses pour les fédérations . Après la relation de club pour l'Afrique est intéressante car cela permet des échanges, partage d'expérience mais les clubs français sont frileux d'investir sur un développement en Afrique. Ils devraient plus s'intéresser au potentiel africain.


Qu'est-ce qui vous a fait partir en Afrique ?

A 26 ans, j'étais entraîneur- joueurs dans un club de PH dans le sud de la France et après j'ai pris en charge ce club et je suis monté en CFA 2 . Ensuite, j'avais le désir d'avoir une expérience de vie lié à la passion et puis j'ai eu une opportunité à l'ASEC Mimosas grâce à une connexion liée à mon ami Hervé Renard. J'ai donc signé là-bas puis pour exister en Afrique il faut des résultats et j'ai eu la chance d'être reconnu dans le continent.


"Quand tu joues devant 80 000-100 000 personnes, ce sont des choses qui n'ont rien a voir avec le championnat français"


Comment se fait le recrutement ?

Le recrutement du joueur en Afrique devient de plus en plus disparate. Les pays organisés en terme de formation mais c'est un bien grand mot car on met beaucoup de choses derrière une académie. On a des gens qui s'occupent de quelques joueurs pour espérer les faire partir donc il cachent les joueurs pour avoir les frais de formation. C'est le cas du Ghana ou de la Côte d'Ivoire qui sont très avancés sur l'aspect transfert, réseau et recrutement. Et après, il y a du talent. J'ai fait 1 an au Cameroun dans les quartiers sur un nombre de joueurs il y a forcément de la qualité. Il faut être un passionné, un baroudeur et quand on bosse sur l'Afrique on rencontre des talents que ce soit dans des clubs, dans la rue, tournois d'écoles donc ceux qui s'arrêtent à regarder les match de ligue 1 ne voit pas les meilleurs joueurs. 


Va t-on tendre vers des personnalités atypiques pour le foot de demain comme Hervé Renard ?

C'est quelqu'un qui a des compétences, qui est très humble. Il a un parcours footballistique que je connais bien et la façon dont il s'est construit. Mais on ne peut pas dire que ce soit atypique. ce qui est atypique c'est l'image faite par les médias d'Hervé mais ça reste un entraîneur qui a réussi à mettre ses qualités en place. On peut dire qu' à un moment donné qu'il y a une nouvelle génération d'entraîneurs et qu'elle sera bientôt amenée à remplacer d'anciens coachs en France. Et dans 20 ans on dira une nouvelle génération arrive . Qu'il s'agisse d'Hervé, Michel Dussuyer ou Sébastien Minier, ceux sont des gens qui se mettent à fond dans les missions, qui habitent dans les pays, qui partagent, qui reste humble et qui avance petit à petit. 


Comment s'est constitué votre staff ?

A l'ASEC Mimosas j'avais rencontré pendant ma formation Julien Chevalier qui venait de la CFA 2 et maintenant est adjoint à Claude Leroy avec le Togo. Après c'est le réseau. C'est des parcours de vie qui font cela. En Afrique, il est important que l'entraîneur adjoint soit local. Cela permet une meilleure relation et intégration dans les équipes.


Auriez-vous un arrière gauche à conseiller aux Girondins ou un autre joueur ?

Il y a beaucoup d'arrières gauches bons qui sont en Afrique comme Oyongo qui a signé a Montpellier, est un super joueur. Il y a des joueurs de talents à ce poste mais il faut qu'il corresponde au système de jeu de l'entraîneur aussi.


Que peut-on vous souhaitez avec la sélection ougandaise ?

Le rêve suprême serait de se qualifier pour la prochaine Coupe du Monde mais à court terme se qualifier pour la prochaine CAN. J'essaie de travailler pour qu'on soit opérationnel pour la prochaine Coupe du Monde et c'est le rêve de tout entraîneur d'y participer.


Merci Sébastien !


Remerciements aussi à Louis Ribardière pour la retranscription !


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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

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