Miguel Angel Gamondi : "Entre les Girondins de Bordeaux et Islam Slimani, cela pourrait être une belle histoire"

Le 18 08 2019 à 10h33

En exclusivité pour Leero Sport News, Miguel Angel Gamondi s'est confié sur le football au Maghreb et Islam Slimani suivi par les Girondins de Bordeaux.

Miguel Angel Gamondi est un OVNI dans le football moderne. Argentin reconnu en Afrique, ce technicien discret et modeste est aussi l’un des plus expérimenté dans les pays du Maghreb. Bon nombre de joueurs internationaux sont passés sous ses ordres dont un, particulièrement, suivi par Bordeaux : Islam Slimani qu’il a lui-même lancé en pro. 



Bonjour Miguel, vous êtes Argentin, comment arrivez-vous en Afrique ? 

Merci à Oscar Fulloné qui a entraîné de gros clubs en Afrique comme le Wydad Casablanca ou le Raja, malheureusement il est décédé depuis quelque années. C‘est lui qui m’a amené en tant qu’adjoint. J’ai travaillé avec lui à Casablanca, à Tunis après j’ai fait ma première expérience en 2006 en Afrique du Sud où j’ai gagné le titre et puis j’ai enchaîné et ma carrière d’entraîneur principal s’est lancé. J’ai eu une offre d’Agadir de venir en tant que directeur sportif pour construire un projet intéressant mais rapidement l’équipe première avait des soucis, et maintenant, je peux dire que je suis manager général. Je m’occupe de tout, de l’école de foot jusqu’à l’équipe une et je suis très heureux d’être ici. Aujourd’hui, on a presque 60% de l’équipe pro qui a été formé au club. Les résultats suivent puisqu’on a fait un quart de finale de la Coupe des confédérations où l’arbitrage nous a fait défaut et puis le club a trouvé plusieurs fois le podium en championnat derrière les grosses écuries, donc on peut être satisfait de notre travail pour l’instant. 


"Pour moi, entre Bordeaux et Islam cela pourrait être un belle histoire."


Comment a été accueilli la venue de Vahid Halilhodžić au Maroc ? 

Je viens d’arriver donc je n’ai pas eu le temps de regarder tout cela. Vahid a fait un parcours excellent pour qualifier l’équipe d’Algérie pour la coupe du monde au Brésil et puis il a fait un beau parcours là-bas. Il est très estimé dans le Maghreb. 


Quel est votre regard sur la victoire des Fennecs et le travail de Belmadi ? 

Bon, vous savez, nous les entraîneurs, on laisse toujours une partie de notre coeur où on passe. Je regarde toujours les performances de l’Algérie bien sûr. Belmadi a réussi à résoudre les problèmes de groupe, les relations compliquées entre les joueurs et c’était l’une des raisons pour lesquelles l’Algérie n’avait pas de résultat. Il a travaillé sur la cohésion et il a réussi, donc bravo à lui. Pour moi, le groupe, la solidarité, le vestiaire, c’est le plus important. Avec toute la technologie qu’il y a, les individus de plus en plus présents, c’est difficile de revenir aux fondamentaux d’un collectif. 


Boudechicha va signer aux Girondins en provenance de l’ES Setif, comment voyez-vous la formation au Maghreb ? 

La formation ici se développe. Les entraîneurs sont sortis de leur conformité de travailler à l’ancienne. Ici, au Maroc, la DTN a fait de gros efforts maintenant l’Algérie ça fait quelque années donc je ne sais pas précisément. Il y a un talent énorme dans cette région du monde. Pour moi, sur certain aspects, cela resemble à l’Argentine. Il fallait cependant que les fédérations amènent leur volonté de changer les choses, et cela revient en force dans le football maghrébin. 


"Slimani est très fort mentalement, il a un sens du but incroyable"


Quelles sont pour vous les différences notables entre la Ligue des Champions Africaines et la Ligue 1 ? 

Je crois que la différence est dans le professionnalisme. Il y a encore des situations qui n’arriveraient pas en Europe. Notamment la pression sur les arbitres ou durant les voyages, les pelouses qui sont horribles, vous jouez sous des températures impossibles comme nous l’année dernière au Congo. Il y a cependant des progrès de fait d’un point de vu technique. Mais l’arbitrage, vous l’avez vu avec la finale de Ligue des Champions africaine…c’est un point qu’il faut améliorer. 


Vous avez lancé Islam Slimani à Belouizdad, parlez-nous de lui ? 

C’est surprenant, quand j’arrive à Belouizdad, c’était le ramadan au moment du stage de préparation. Je connaissais personne et le président était amoureux du style du Barça. Je lui dis « choisissez des joueurs locaux ». Le président voulait que je le prenne. On s’entraîne après la rupture du jeun, on a commencé à faire des matchs amicaux, et le public était fou. Il a commencé à travailler, comme remplaçant d’abord et il a fini titulaire indiscutable. Il était déterminé, il me disait toujours « coach, je vais jouer en Europe » et je me disais, il n’a pas eu de formation, il venait du monde amateur et il a fait une progression extraordinaire. Mentalement, c’était très fort. Il avait un opportunisme et un sens du but incroyable. La majorité des terrains sont synthétiques et il a quand même réussi à évoluer. Il a toujours eu cette envie de progresser. 


"J'aurais conseillé à Cristian Pavon de venir en Europe"


Vous avez encore des rapports particuliers avec lui, les Girondins de Bordeaux, ce serait le challenge qu’il lui faut selon vous ? 

Oui, sans aucun doute ! Il était en Turquie, ça ne s’est pas bien passé. Même avec l’Algérie il n’était pas titulaire. Je le connais bien personnellement : c’est un tueur ! Il arrive que ce type de joueurs ait des périodes blanches ou de moins bien. Pour moi, entre Bordeaux et Islam cela pourrait être un belle histoire. 


Etes-vous surpris par le choix de Cristian Pavon de rejoindre les LA Galaxy ? 

Surprenant, non car il y a beaucoup d’Argentins qui partent là-bas. L’Amérique pour nous, c’est comme la France pour les Maghrébins. C’est un rêve cependant, je lui aurais conseillé de venir en Europe. Mais la MLS a évolué avec de plus en plus de sponsors et d’argent. 


Venir en Europe pour vous, est-ce un objectif ? 

J’espère cela, c’est un objectif. J’ai eu 2 ou 3 possibilités, notamment avec le Ludogorets et en Suède mais rien de concret. Ce n’est pas un choix de rester en Afrique mais je travaille presque seul, sans agent mais le football d’aujourd’hui, il faut avoir beaucoup de relations. Et puis, j’ai eu quelque problème avec la licence en Argentine. Mais là, ils sont entrain de réviser et de créer des équivalences entre la CONMEBOL et l’UEFA. Cette année, j’ai eu des offres pour aller dans les pays du Golfe mais je vais continuer en choisissant le sportif. Je suis un passionné, je préfère cela. 


Que pensez-vous de Bordeaux ? 

Je ne suis pas un spécialiste mais j’ai la sensation que ce club est un club fantastique avec de vrais fans. J’ai beaucoup de sympathie pour lui. Et vu le nombre de Sud Américains qui sont passés par chez vous et qui y ont réussi, c’est la preuve aussi que vous savez recruter et que vous avez une certaine idée du jeu. Je crois que si on joue un bon football, on a plus de chances de gagner un match.

Merci Miguel ! 

  • 2943 vues
  • 0 commentaires

L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

Voir les articles