Le canari de Munich

Le 07 10 2018 à 16h34

Jean-Jacques Eydelie, ancien canari, a répondu à nos questions pour le match entre Bordeaux et Nantes.

Il fait partie des rares français à avoir levé la Ligue des Champions en 1993 mais pas que, Jean-Jacques Eydelie a aussi connu les plus grands joueurs de sa génération. Un homme devenu entraîneur mettant au centre la transmission et la formation. Entretien une-deux.


Que deviens-tu ? Peux tu nous dire un mot sur le football africain?

Je suis actuellement au Burundi où je viens d'être sacré champion avec le Messager FC Ngozi et élu meilleur entraîneur de l'année.

Le football africain reste le football africain mais il bénéficie maintenant de formation auprès des entraîneurs et la même chose au niveau des arbitres. Cela contribue à améliorer les conditions de jeu et constitue une base certaine pour la qualité du jeu.


"Loic savait que son adversaire du jour était Raymond Domenech. Loic savait à l'avance qu'il allait se faire démolir"


Tu as connu la formation Nantaise. Qu est ce que c est exactement ? Penses tu que c'est applicable aujourd’hui ?

La formation à la nantaise était une référence en la matière. C'était la "Masia" de l'époque, Arribas, Suaudeau et Denouex à un moindre niveau.

À l'inverse du Barça, il n'y pas eu de continuité dans la transmission des valeurs de l'apprentissage du jeu. Les hommes sont partis petit à petit et tout s'est évaporé avec le temps. Même des anciens comme Georges Eo, Loic Amisse, Bruno Baronchelli n'ont pas réussi à transmettre ce que l'on avait appris. Mais ce n'était pas de leur faute. Le contexte était tellement différent. Cette belle famille, " les canaris " n'étaient plus à l'unisson, les hommes avaient changé et les esprits étaient tournés ailleurs.

La philosophie avait changée de sens. Du jeu à l'argent en une passe, on est passé à du jeu pour l'argent à titre individuel.



Ce dimanche c est Bordeaux Nantes. As-tu déjà été approché par Bordeaux et puis qu'est ce que cela représente pour toi ?

Non Bordeaux ne m'a jamais sollicité ni quand j'étais jeune, ni quand j'étais joueurs professionnel, ni après.

Bordeaux représente le club professionnel de football le plus proche de la ville d'Angoulême. la ville où je suis né et où mon père vit actuellement. Je n'ai jamais eu de rapport particulier avec ce club.

J'ai une pensée très forte pour Laurent Fournier qui était stagiaire pro aux Girondins. Nous étions ensemble en équipe de France cadet. Nous avions joués un lever de rideaux contre l'Allemagne de l'ouest à l'époque. Nous avions gagné 3 à 0. Laurent est décédé quelque temps plus tard d'un cancer...il avait 18 ans je crois.


As-tu une anecdote à nous raconter sur tes déplacements à Chaban Delmas ?

Une échauffourée dans ce long...très long couloir qui nous ramenait au vestiaire à la mi-temps.

Loic Amisse avant ce match pleurait presque dans le vestiaire. Il savait que son adversaire du jour était Raymond Domenech. Loic savait à l'avance qu'il allait se faire démolir. Effectivement, il n'a pas fallut longtemps pour que ses craintes se confirment. Dès les premières secondes de jeu et jusqu'à la fin du match, Loic s'est fait "défoncer" avec une brutalité rare!


"Didier Tholot est un ami avec qui j'ai partagé des moments de joie et des moments difficiles"


Tu as souvent entraîné des clubs, que dirais tu de prendre une sélection ?

Le métier de sélectionneur n'est pas le métier d'entraîneur. Certain disent même que c'est un métier de fainéants. Moi je n'irais jusque là. C'est tout simplement différent. Est-ce que ça n'intéresserait d'être sélectionneur?...oui pourquoi pas mais ma priorité du moment est de continuer à me bonifier en me nourrissant d'exemples qui correspondent à ma philosophie de jeu. Il ne faut être fermé et obtus, au contraire il faut être curieux. Le métier d'entraîneur est un métier de scientifique. Tu dois sans arrêt tester et essayer de trouver la meilleure formule, celle qui t'amènera à la victoire.


Qu'est ce qui te fait rêver dans le football aujourd’hui ?

Ce qui me fait rêver dans le football c'est le jeu!...celui que j'ai découvert et appris au côté de Jean-Claude Suaudeau. Et puis j'ai eu la chance d'avoir pu voir et participer à l'exceptionnel travail de Jean-Marc Guillou dans ses académies JMG. L'apprentissage qui y est servît est tout simplement unique dans le monde et exceptionnel à la fois. Une véritable technicologie au service du joueur.


Y a t il un club que tu rêverais de découvrir et pourquoi ?

Les clubs que j'aimerais découvrir sont ceux qui mettent la formation en principal dans leur avancée. C'est d'abord la seule façon de pérenniser un club sur le temps. De plus, c'est la volonté d'instaurer une véritable identité de jeu commune à toutes les équipes du club. Le Barça avec sa " Masia " en est le meilleur exemple et prouve au fil des années le bien-fondé de leur travail.


Il me semble que tu as connu Didier Tholot, un mot sur ce personnage atypique de la région Bordelaise ?

Didier Tholot est un ami avec qui j'ai partagé des moments de joie et des moments difficiles. Nous nous sommes connus à Sion en Suisse. Suite à des difficultés financières au club, nous avons dû nous expatrier à Walsall en Angleterre. Ensuite il est allé à Bâle et moi au FC Zürich en Suisse.

Nous nous sommes pas revus depuis mais j'ai beaucoup de sentiments envers lui.




À Bordeaux beaucoup de supporteurs aimeraient voir un 4-4-2, comment expliques-tu que bon nombre d'équipes jouent en 4-3-3 aujourd’hui ?

Effectivement le 4/3/3 est une formule bien équilibrée pour le jeu. Le 4/4/2 est moins ouvert mais est très dangereux pour l'adversaire. Le mot tactique me paraît être un mot un peu trop large et en même temps un peu restreint pour définir les choses dans le jeu. La vérité, c'est que dans le jeu, le temps du match, il faut être capable de s'adapter aux circonstances. Il y a bien sûr une base, une position de départ de disposition tactique mais c'est l'adaptation aux différents événements dans le jeu qui fait que les dispositions changent en permanence. Le 4/3/3, le 4/4/2, le 4/2/3/1 au fond ne veut pas dire grand chose. Suivant les déplacements et les circonstances du jeu, l'aspect tactique change en permanence. Et puis, tout est en fonction des joueurs que vous avez. Là aussi l'entraîneur doit s'adapter et trouver la ou les meilleures formules. Mais encore une fois, c'est la capacité à s'adapter aux différents faits de jeu qui importe. Donc le mot tactique est un mot trop simple pour définir complètement les choses.


Tu as connu Vahid Hallilodzic à Nantes, peux tu nous parler du joueur que c était et une anecdote bien sur ?

Oui j'ai connu et joué avec Vahid. Il voulait que l'équipe s'adapte à son jeu. Mais au FC Nantes de l'époque, c'est le joueur qui devait s'adapter au jeu de l'équipe. Coco Suaudeau lui a expliqué, a insisté et les choses se sont très bien passées par la suite...pour lui et pour l'équipe. Ses débuts ont été compliqués, mais la suite nous a tous donné raison. Il a été plusieurs fois meilleur buteur.


Un petit mot pour les Bordelais et Nantais qui vont te lire ?

Je voudrais dire aux supporteurs bordelais et nantais que le meilleur gagne, mais j'ai quand même une affection pour mon ancien club où j'ai tout appris : le FC Nantes.

Bon match!


Merci Jean-Jacques !

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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

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