Dean Klafuric : " Aux Girondins, sous les ordres de Sousa, Kalinic retrouvera la confiance"

Le 02 05 2019 à 18h41

Dans un entretien exclusif, Dean Klafuric revient sur sa carrière, la formation croate et les Girondins de Bordeaux

Dean Klafuric est l'un des meilleurs entraîneurs croates de sa génération et a aussi remporté quelque titres. Il nous explique sa vision du football mais aussi, revient sur quelque uns de ses succès et de ses pépites débusquées.


Bonsoir Monsieur Klafuric, merci beaucoup pour votre disponibilité. Quelles sont vos ambitions pour les semaines à venir ? 

Merci à vous d’avoir pensé à moi pour ce moment. Je suis actuellement à l’écoute d’opportunités afin de confirmer mes performances et succès passés. Mon fil rouge est de toujours exprimer ma philosophie de jeu, jouer avec style et appliquer mes méthodes de coaching dans un club rigoureux, organisé avec une vraie vision sportive.

Je souhaite continuer à mettre en valeur de jeunes joueurs toujours dans le respect et la tradition du club. Et bien sûr, continuer à remporter des trophées. Tu sais, j’ai toujours travaillé très dur dans ma carrière. J’ai construit ma connaissance et mon savoir-faire depuis l’âge de 26 ans. J’ai eu en charge beaucoup de groupes, de tout niveau, développer des talents (j’ai été élu meilleur coach de jeunes au sein du Dinamo Zagreb qui est l’une des meilleures pépinières au monde) et bien sûr fait évoluer des effectifs seniors. J’ai de l’expérience en Ligue des Champions en Europe et en Asie en ayant géré des staffs et des effectifs talentueux. Par exemple, j’ai développé le club croate du HNK Gorica en les amenant en première division puis j’ai été fier de faire le doublé coupe-championnat au Legia Varsovie. Cela montre l’ambition que j’ai de toujours vouloir gagner et la certitude qu’on ne gagne pas seul mais accompagné d’un staff et surtout d’une grosse capacité de travail. 

Pour répondre à ta question, je cherche un club qui voudra appliquer un football moderne, souhaitant voir son équipe développer un football de possession. Je ne veux pas me vanter mais beaucoup de joueurs atteignent leur meilleur sous mes ordres. J’adore amener les jeunes joueurs sur la voie du professionnalisme. J’aime les lancer dans le bain, les accompagner et leur donner une vraie chance. Pour moi, peu importe l’âge que tu as, si tu es bon, tu joues. Je crois que la réussite d’une équipe vient de l’entourage sportif autour de l’équipe. Je ne suis pas le type de coach à te demander un joueur à 20 millions d’euros. Par contre, je vais recruter des joueurs de caractère avec une approche et un style de jeu qui collent à mon projet. 



Vous avez été champion de Croatie avec le Dinamo Zagreb, l’un des meilleurs clubs formateurs au monde. Comment expliquez-vous que les clubs croates ont du mal à exister au-delà des 1/4 de finale d’une compétition européenne ? 

Tu sais même si notre équipe nationale est vice championne du monde et que le Dinamo a fait un super parcours en Europa League, je crois qu’il est difficile pour vous, observateurs étrangers, de remettre l’église au centre du village. Nous sommes un pays de 4 millions d’habitants avec des moyens totalement différents que dans les championnats majeurs. Alors cette année, le Dinamo donne le change cependant pour reprendre mon idole Johann Cruyff «je n’ai jamais vu un sac de billets de banque marquer un but ». 



Vous avez gagné partout où vous êtes passé. Dans votre esprit, quelles sont les clés pour gagner ? 

De mon point de vu, les clés pour gagner sont : l’esprit d’équipe avant tout, pas seulement des joueurs et du staff mais de l’ensemble des salariés du club. L’ensemble du club doit marcher dans la même direction jour après jour en suivant la vision établie en respectant le travail de chacun. Bien entendu, les techniques de l’entraîneur principal sont fondamentales. Il faut que le courant et le message passent. D’entrée, il faut faire passer des règles claires, les faire vivre et les respecter tout au long de la saison. En fait, l’entraîneur principal doit être un bon communicant et être l’huile entre les rouages que sont les joueurs, les salariés, les dirigeants et bien sûr les supporteurs. 



Ici en France, le Paris Saint Germain traverse une mauvaise passe. Comment expliquez-vous que ce club n’arrive pas à passer les 1/8e de finale de Ligue des Champions ? 

Le PSG joue un football séduisant à chaque début de saison. Je respecte beaucoup Thomas Tuchel. Tu peux clairement voir sa philosophie et son style de jeu. Mais, je remarque que ce problème est récurrent et que l’histoire se répète. Pour moi, il faut immédiatement détecter d’où cela provient dans l’ensemble du club et pas seulement analyser les joueurs. Je remarque certain signes d’impatience qui peuvent cristalliser l’ambiance d’un vestiaire. Paradoxalement, le PSG a un super coach, un super staff, d’excellents joueurs et la liste est longue. C’est un top club européen. Cependant, je pense qu’il gagnerait à avoir une politique sportive plus basée sur le calme et la patience avec un prisme particulier pour l’amour du football et du jeu. En fait, selon moi, le club devrait d’abord savourer le voyage d’une saison avant de penser à l’aboutissement.



Vous avez gagné des trophées mais aussi formé de nombreux joueurs. Comment sélectionnez-vous ce genre de joueurs ? 

Tout d’abord, je regarde la compréhension qu’a le joueur du jeu puis sa culture foot et sa personnalité. Bien sûr ce n’est pas suffisant. Les joueurs ont besoin de travailler dur mais sous l’oeil d’experts. Ce qui est aussi très important est la relation et l’approche individuelle entre entraîneur et joueurs. Les jeunes joueurs ont besoin que leur entraineur soit aussi une sorte de figure paternelle. Au travers du simple entraîneur, ils ont besoin d’autres experts comme en fitness, préparateur mental etc…Entraîner des jeunes joueurs est une approche flexible due aussi au changement de mentalité, de physique du joueur avec les années qui passent. Le système de jeu n’est pas important car il n’y a pas de système parfait. Tout le monde dans le football maîtrise ces principes. 



Vous avez une grosse expérience avec Al Ain (finaliste de la Ligue des Champions asiatique 2016). Quelles sont les différences notables entre le football européen et le football du Moyen Orient/Asie ? 

La différence notable entre football européen et asiatique relève de la tradition et l’histoire. En Europe, le football est bien plus qu’un simple sport : c’est un mode de vie, une religion. Deuxièmement, les joueurs asiatiques (Moyen-Orient) n’ont pas l’ambition et la mentalité des joueurs européens. C’est selon moi la plus grosse marge de progression chez eux. 


Vous avez entraîné l’équipe nationale de football féminin de Croatie, que pensez-vous de l’évolution du football féminin? Quelle est votre équipe favorite pour la prochaine coupe du monde ? 

Pour moi, l’évolution du football féminin ne me surprend pas au vu de l’immense potentiel de développement. Dans les derniers moi, on a pu voir les audiences augmenter dans les stades, particulièrement en Espagne et les filles le méritent au vu de leur investissement, leur approche d’entraînement, leur persévérance et leur amour du football. Mon équipe favorite est la France pour la prochaine coupe du monde, pas seulement parce que qu’elles jouent à la maison mais leur football est très efficace. Mais comme toujours, les USA, l’Allemagne et les équipes scandinaves seront au rendez-vous. Mais il faudra aussi compter sur l’Espagne, l’Angleterre et les Pays-Bas.