Gregory Vignal : "Battiston avait essayé de me faire signer aux Girondins de Bordeaux"

Le 25 11 2019 à 18h41

En exclusivité pour Leero Sport News, Gregory Vignal, coach des Glasgow Rangers Féminines nous a accordé quelque minutes.

Gregory Vignal formé à Montpellier, passé par le Liverpool de Gerard Houllier a finalement posé ses valises dans un club dans lequel il a autrefois, enrichi son palmarès : les Glasgow Rangers. Désormais manager de la section féminine, cet ancien défenseur dur au mal, pose les jalons d’un projet nouveau mais au combien excitant. En exclusivité pour Leero Sport News, il nous raconte sa nouvelle aventure. 


J'ai regardé le match ce week-end, cela ne s'est pas très bien passé, n'est-ce pas ? (défaite 4-1 contre Glasgow City)

J'ai démarré le projet en juillet donc je travaille avec un effectif qui était déjà en place l'année dernière malgré l'arrivée de 2-3 renforts il y a un mois et demi. On n’avait pas les armes pour pouvoir batailler contre City, qui est une des meilleures équipes du championnat et qui joue la Champions League. On a réussi à faire un bon travail, à faire franchir un pallier aux filles sur les plans tactique, technique et physique.

C'est dommage parce qu’on ouvre le score et derrière avec une équipe complète et le travail qu'on a fait je pense qu'on aurait pu les tenir mais il n'y a pas de regrets. Mon objectif c'est de progresser chaque mois pour pouvoir arriver plus fort l'année prochaine et montrer au club qu'on peut prétendre vouloir gagner le championnat et jouer la Ligue des Champions, comme le souhaite le club. 


Qu'est ce qui vous as convaincu dans ce projet ? Et pourquoi les féminines ?

C'est venu 48h avant la reprise avec les pros. Je suis remonté voir le directeur sportif, j'ai échangé avec le staff et quand j'ai vu que tous les feux étaient verts j'y suis allé. On m'a dit « c'est un gros challenge ». En étant entraîneur principal des Rangers WFC il faut savoir tout gérer. C'est une étape de plus dans ma carrière. Je suis parti de très bas. Par rapport à la coupe du monde, j'ai vu qu'il y avait de l’enthousiasme autour du football féminin donc je me suis dit « Allez on y va ! ». Mais c’était pas prévu (rires). 


Vous avez écrit une belle page de l'histoire des Rangers. C'était un peu dans votre ADN de revenir aux Rangers après tout ce que vous aviez vécu dans ce club ?

Oui, beaucoup de gens me l'ont dit. C'est une ville que j'adore. J'ai découvert le club quand j’étais à Liverpool. Le club correspond peut être à mon ADN, à mon caractère et à ma philosophie, mais c'est vrai que j'adore ce club, j'adore l’engouement qu'il y a autour. C'est un club qui m'est cher. Je suis très content d'y être revenu. 


Je suis heureux d'être revenu à Glasgow, un club qui m'est cher


Vous parlez de projet. Comment cela se passe en terme d'installations pour les féminines ?

On utilise les même structures que les pros, le club a construit un stade de 250 places assises, on a des vestiaires dernières générations, un synthétique ouvert pour les petites. On a la salle de rééducation comme les pros, un auditorium pour les analyses vidéo... Au niveau des installations c'est un top club, c'est vraiment top niveau. On a tout ce qu'il faut pour travailler. Sur le plan infrastructure ; c’est extraordinaire. 


Vous avez fait venir Martinez, qu’en est-il aujourd’hui ?

Oui c'est une fille intéressante, une fille qui est championne d’Europe et qui va sûrement jouer la coupe du monde. Là, malheureusement elle s’est blessée à la cheville. Mais c'est ce genre de joueuse internationale que j'aimerais apporter dans le projet. On va être très occupés dans le mercato d'hiver. C'est le genre de joueuse qui fera passer un palier au club. 


On va être occupés pendant le mercato


Quels sont vos objectifs sur les 2-3 prochaines années ?

Je suis en contrat jusqu'en juin, mon agent va négocier dans les semaines à venir. Il faut que je règle cela au niveau contractuel rapidement. Sur le court terme, c'est d’être champion dès l'année prochaine pour se qualifier en Ligue des Champions. S'installer très rapidement dans les compétitions majeures européennes et gagner des titres. 


L'ambition des Glasgow Rangers est de se qualifier rapidement pour la Ligue des Champions et gagner des titres


Est ce que vous sentez qu'il y a une vraie volonté de la fédération de dynamiser le foot féminin ?

Je pense que oui. Les filles se sont bien débrouillées à la coupe du monde. J'en serais très content. 


Vous avez parlé de la coupe du monde. Que pensez vous de Corinne Diacre, sélectionneuse de l’équipe de France, qui a réussi à créer un groupe ?

Je pense qu'elles ont fait une coupe du monde intéressante. J’espère la rencontrer rapidement pour discuter avec elle du tournoi, pour avoir son retour de coach. Par rapport au groupe, avec l’enthousiasme populaire de la compétition à domicile, je pense que ça les a tiré vers le haut. J’espère qu'elle va atteindre son objectif.


Qu' est ce que vous pensez de notre équipe féminine à Bordeaux ?

J'ai vu qu'il démarrait une belle aventure. Je ne connais pas assez le groupe en profondeur pour en parler. Mais je pense qu'il sera intéressant de faire un point vers le mois de mars mais Bordeaux est une équipe qu'il faudra prendre très au sérieux, ça s'est sûr. 


Bordeaux est une équipe qu'il faudra prendre très au sérieux, ça c'est sûr. 


Est ce que Bordeaux a déjà essayé de vous recruter ?

Je sais que Marius Trésor m'appréciait beaucoup et qu'il avait eu une discussion avec mon père à l’époque je devais avoir 17 ans, je venais d’être champion d’Europe U19 avec la génération Cissé, Méxès, Mendy... et je sais que Bordeaux avec Mr Battiston avait essayé de m'approcher mais mon cœur était montpelliérain. Mais oui il y avait eu des contacts établis.


Battiston avait essayé de m'approcher mais mon cœur était montpelliérain. Mais oui il y avait eu des contacts établis.


Je suis obligé de vous parler de Steven Gerrard. Coach des masculins, est ce que vous le connaissez ? 

On a joué le match des légendes ce week-end ensemble. (rires) Je l'ai connu quand je suis arrivé en 2000 à Liverpool et que j'ai côtoyé jusqu'en 2003. Il est passionné par le football. Quand il est arrivé ici on s'est croisé dans les couloirs de l'académie, c'était super. Je suis proche de lui car on en apprend toujours. Et je m’intéresse de près à l’équipe première car c'est important de transmettre le même message aux garçons qu'aux filles, que l'ADN du club soit identique dans les deux équipes. Avec Steven on se respecte, c'est intéressant de travailler avec des gens comme ça et quand on est passionné, c'est formidable. Je suis très content et ils sont en train de faire un travail exceptionnel, on voit que c'est un garçon qui a connu le haut niveau toute sa vie et il sait de quoi il parle. Son expérience fait qu'il va beaucoup plus vite que les autres. 


C'est important de transmettre le même message aux garçons qu'aux filles, que l'ADN du club soit identique dans les deux équipes.


Il y a une vraie culture des anciens aux Rangers ?

Je pense que ce n'est pas qu'aux Rangers. C'est une identité britannique. Les supporters ont un grand respect par rapport aux anciens. J'adore cette culture, un gamin de 15 ans peut vous citer une équipe d'il y a 20 ans. C'est ce qu'il nous manque en France je pense, il y a un manque de reconnaissance par rapport aux anciens, il n'y a pas cette culture là. Ici c'est inscrit dans l'ADN des gens et je trouve ça fantastique. 


J'adore cette culture, en Grande-Bretagne, un gamin de 15 ans peut vous citer une équipe d'il y a 20 ans.


Vous avez plus jouer à l’étranger qu'en France. Qu’est ce que cela vous évoque ? 

Si je devais revenir en arrière, j'aurais toujours joué à l’étranger. Le footballeur français a les capacités de s'adapter partout dans le monde et une fois qu'on part, on a du mal a revenir. On adore notre pays mais on a du mal a revenir parce qu’il y a quelque chose qu'il n'y a plus. Mais je pense qu'en tant qu’entraîneur c'est différent. 

Le fait de travailler à l’étranger c'est dur. Car on travaille en anglais, il faut l'avoir en instantané, il faut trouver les mots justes tactiquement ou techniquement dans les explications de causerie. J’espère que mon travail sera reconnu car il n'y a pas tant d’entraîneurs que ça à l’étranger et c'est un travail exigeant, demandant plus de réflexion . Je progresse forcement énormément parce que je suis en dehors de ma zone de confort. 


Montpellier est en train de bâtir une culture club, vous semblez avoir de bons rapports avec eux, n’est-ce pas ?

Il y a un grand respect avec tout les gens du club, j'ai passé 10 ans à Montpellier. C'est eux qui sont venus me chercher quand j'avais 10 ans dans les quartiers de la Paillade. C'est mon club de coeur et de formation, j'y ai passé des très belles années et j'ai connu des entraîneurs extraordinaires. 


On parle souvent de Jean Michel Aulas qui en fait beaucoup pour les féminines, mais il y a aussi Louis Nicollin ?

Il m'avait proposé les filles il y a 5 ans et à l’époque je lui avais répondu « qu'est ce que je vais faire avec les filles ? ». Et maintenant ma femme me dit voilà, tu as le retour de bâton ! (rires) Je lui disais : « je n'y connais rien aux filles, je ne peux pas les entraîner ! » Mais maintenant je me dis que j'aurais dû dire oui. 


J'aurais dû accepter d'entraîner les filles à Monptellier


Vous avez un entourage dans le club ?

Dans le club, tout le monde a été très bien, même pour le projet avec les féminines. Ce club là vous pousse à vous surpasser. On est obligé de donner l'exemple. J'essaye d’être irréprochable dans ce que je fais parce que c'est super 


Vous avez côtoyé de grands coachs durant votre carrière, s'il y a une chose que vous devez garder, quel serait-il ?

Je pense que c'est la première fois que Gerard Houllier m'a appelé dans son bureau, c’était la veille d'un match contre West Ham avec Liverpool, pour un match que j'allais démarrer mais je n’étais pas au courant. Je pensais avoir fait quelque chose de mal et que j'allais prendre une soupe et en fait il me dit « je vais te poser une question, est-ce que tu as peur ? ». Je lui réponds « peur de quoi ? » et il m'a dit que je démarrais le match le lendemain. Je lui réponds « donnez moi un maillot, vous allez voir ! ». C'est une anecdote assez rigolote car je ne m'attendais qu’à du négatif et en fait pas du tout. Et cela s'est très bien passé on a gagné 5-0 je crois. 


Merci beaucoup Grégory !


Interview réalisée avec Margaux Bongrand, spécialiste football féminin.

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L'auteur

Jean-Aurel Chazeau

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

@J_AurelChz | jeanaurelchazeau.com

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