Corine Petit : "J'ai été contactée par les Girondins de Bordeaux (...) cela aurait intéressant de les rejoindre"

Le 29 12 2019 à 12h14

En exclusivité pour Leero Sport News, Corine Petit s'est exprimée sur sa carrière, la D1 et les #Girondins de Bordeaux #FCGB

Corine Petit, ancienne footballeuse professionnelle à l'OL et en équipe de France revient en exclusivité pour Leero Sport News sur son parcours. Nous avons également évoqué les Girondines de Bordeaux, les Bleues et l’expansion du football féminin. 


Quelles sont vos activités actuelles ? 

Je travaille à l’événementiel au club de l'OL. Je suis loin des terrains, cela n'a pas directement à voir avec le football mais juste avec le club. Je suis vraiment dans la réalisation et la projection des événements dans le stade mais pas sur le terrain. 


Avez-vous d'autres projets dans le monde du football ?

En tant que coach dans une équipe pas du tout. Après des commentaires comme j'ai fait cet été sur des plateaux, pourquoi pas (ndlr l’équipe du Late Football Club). 


Son parcours en tant que joueuse

« La Ligue des Championnes est une compétition particulière, on ne peut pas comparer. »

« La coupe du monde en Allemagne était une compétition grandiose. »


Vous avez fait vos débuts avec Soyaux (2003-2008), comment cela s'est passé ?

Avec Soyaux, nous n’étions pas du tout professionnelles. Tout le monde était étudiante ou travaillait. Les entraînements étaient tard le soir pour que tout le monde puisse être là mais il n'y avait rien de professionnel.


Votre arrivée à Lyon marque un tournant dans votre carrière, vous y restez 10 ans, comment s'est passé votre adaptation au très haut niveau ? 

On s'adapte facilement car c'est justement plus simple pour pratiquer sa passion. La première année ce n'était pas pro, les contrats fédéraux n'existaient pas encore donc on avait toutes des contrats à l’intérieur du club, j’étais à l'OL Fondation et on avait entraînement l'après-midi. Dès 2009, les contrats fédéraux ont été créés et toutes les équipes ont pu avoir des joueuses à temps plein avec l'intitulé « joueuse fédérale ». 


Pourquoi pensez-vous qu'en football féminin, les joueuses ne changent que très peu de club durant leur carrière ?

En fait c'est un peu l'offre et la demande. Cela commence à évoluer dans le sens des garçons et cela va continuer. Les filles sont peut être plus attachées pour l'instant mais je pense que cela va vraiment changer et qu'elles resteront 2/3 ans puis iront essayer d'autres clubs voire l'étranger et revenir. Il y aura beaucoup plus de mouvements.

 

Vous avez joué la Ligue des Champions que vous avez gagné à 5 reprises, c'est une compétition à part en tant que joueuse ?

Oui, on ne peut pas comparer au championnat de France. On joue contre les meilleures et c'est sur des matchs aller-retour donc à élimination presque directe. Il y a un beau trophée à la fin qui veut dire que nous sommes championnes d'Europe donc évidemment c'est particulier comme compétition. 


Vous avez remporté le championnat avec Lyon tous les ans, est-ce qu'on s'habitue à tout gagner ? 

Oui, on s'habitue mais dans le bon sens. On ne veut surtout pas perdre donc cela reste positif. 


Demain (au moment de l’itw) OL-PSG, c'est un match particulier à jouer ? 

C'est LE match du championnat, surtout maintenant avec les deux équipes qui jouent la Ligue des Champions. C'est les deux équipes qui mettent les moyens avec des présidents qui veulent mettre leur équipe féminine tout en haut.

Un pronostic ? 

L'OL gagnant, j’espère. Je pense que ça va être un beau match. En plus c'est au Groupama Stadium avec du monde donc c'est des matchs intéressants à jouer et pour les spectateurs, j’espère un beau moment. 


Quel est le meilleur souvenir de votre carrière ?

Les Ligues des champions avec le club. Et en sélection c'est la Coupe du monde en Allemagne. C'était vraiment grandiose avec des stades de 40000 personnes pleins même pour les matchs de poule. C'était vraiment une très belle compétition à vivre surtout qu'on est allée loin même si à la fin ça ne donne rien. 


La D1 et les Girondines de Bordeaux

« Les Girondines ont bien recruté. Elle peuvent atteindre la Ligue des Championnes d'ici quelques années. »

« Les Girondines commencent à attirer les meilleures joueuses. Elles se font un chemin. »

« J'ai été contactée par Bordeaux. Je suis restée à Lyon mais cela aurait pu être intéressant d'y aller. »


Que pensez-vous du championnat français ? 

Il évolue dans le bon sens même s'il y a encore du travail à faire. C'est l'argent qui va continuer à faire grandir le championnat. Quand toutes les filles arriveront à être professionnelles et à s’entraîner dans de bonnes conditions cela continuera à évoluer. C'est de mieux en mieux, on voit les scores qui sont moins fleuves qu'avant, on peut voir des surprises même si elles restent rares donc on va dans le bon sens. 


Que pensez vous des Girondines de Bordeaux ?

Je trouve qu'elles vont dans le bon sens aussi. Elles ont bien recruté surtout en s’appuyant sur des jeunes et sur certaines étrangères. C'est dommage qu'elles aient fait un faux pas dès le début (ndlr défaite contre Guingamp) mais cette année elles vont certainement déranger les plus grosses et se faire un chemin. Je pense qu'elles ont pour ambition d'atteindre la Ligue des championnes d'ici quelques années et si elles continuent bien comme cela elles peuvent faire quelque chose, même si cela va être difficile car il faut un groupe large et il faut que les jeunes grandissent ensemble. 


Qu'est ce qui leur manque pour aller titiller les deux premières places et des équipes comme Lyon et Paris ? 

Déjà contre Lyon elles sont mal tombées car l'équipe venait de faire un faux pas contre Dijon et avaient à cœur de se racheter sur le match d'après. Sinon je pense qu'il faut qu'elles évoluent ensemble et qu'elles grandissent. Qu'elles trouvent leur jeu aussi parce que le coach vient de changer cette année donc ce n'est pas dès la première saison que Paris ou Lyon a fait quelque chose. Il faut que les étrangères et les meilleures joueuses viennent aussi et elles commencent à les attirer. Il manque encore un peu mais si elles travaillent bien elles peuvent rester sur le podium pour les prochaines années. 


Avez-vous eu des contacts avec Bordeaux en tant que joueuse ? 

Oui j'ai été contactée à un moment. Après j'étais à Lyon et quand on est à Lyon, même si je jouais moins sur la fin, l’entraînement c'est ce qui se fait de mieux. J'étais bien aussi dans ma vie personnelle à Lyon donc je suis restée mais cela aurait peut-être pu être intéressant. 


On a l'impression d'un développement à deux vitesses, comment éviter cela ? 

C'est difficile car quand on a les moyens comme Lyon ou Paris on avance à fond sans se soucier des autres et les petites essaient de s'accrocher. Il y a encore des équipes qui ne sont pas reliées avec des clubs professionnels comme Soyaux. Elles s'accrochent et veulent vivre dans ce championnat mais c'est de plus en plus difficile. D'ici quelques années, pour vraiment faire quelque chose d'homogène et d'attractif il faudrait que toutes les équipes féminines soient reliées à un clubs professionnel et qu’il les pousse parce que le nom ne suffit pas. Il faut aussi mettre les moyens, cela ne coûte pas forcement très cher avec les médias qui commencent à s'y mettre et à donner aussi de l'argent aux clubs. Il ne manque pas grand chose pour qu'il y ait une certaine homogénéité, après pour que tout le monde soit du niveau de Lyon ou Paris cela va être difficile mais qu'il y ait de moins en moins de différences entre le haut et le bas. 


Pourquoi Lyon est devenu une des meilleures équipe d’Europe ?

Parce que le président a mis les moyens depuis plus de 10 ans. Il y a cru, ce n'est pas juste un coup de cœur au départ. Il s'est attaché à son équipe et a réussi à créer une bonne concurrence entre les joueuses. Et cela fonctionne.


L'équipe de France

« A la coupe du monde, c'est celles qui le voulaient le plus qui ont gagné. »



J'imagine que c'est toujours une fierté de porter le maillot bleu ? 

Oui bien sûr. Quand on est appelée au début chez les jeunes on est contentes mais chez les grandes c'est là où on fait des grosses compétitions, où on représente son pays et c'est une grande fierté. 


On a l'impression que Corine Diacre a réussi à créer un groupe, que pensez vous de son travail ?

Je la connais bien, c'est quelqu'un qui a des idées bien définies et qui veut aller au bout de ce qu'elle pense et ce dont elle a envie. Malheureusement, il y a eu l’échec de la coupe du monde. C'était vraiment un souhait de la fédération de choisir une ancienne joueuse et d’essayer d'aller au bout dans une compétition dans son pays. Cela ne s'est pas fait mais maintenant elle essaie de faire monter des jeunes et de leur donner confiance. Elle a fait un tri au départ en essayent beaucoup de joueuses et là, elle reste souvent sur les mêmes donc j’espère que cela fonctionnera pour l'Euro 2021 même si c'est encore loin. 


Que manque-t-il à la France pour battre les USA ?

Si je le savais on aurait déjà des titres ou des médailles. Malheureusement, je ne sais pas vraiment. Le football c'est aussi parfois une science inexacte. Je ne dis pas qu'on avait les meilleures joueuses et la meilleure équipe mais cela se joue aussi dans la tête et sur des petits détails. Cet été, celles qui le voulaient le plus ont gagné et ce n'était pas nous. 


Quelles sont les différences entre la France de votre époque (2003-2014) et celle de maintenant ? 

Je ne sais pas s'il y a vraiment de grosses différences. On avait vraiment des joueuses comme Louisa Necib de très haut niveau et je sais pas si on en retrouvera d'ici quelques années. Après l'unité, le fond de jeu et l'envie de la France restent les mêmes. On veut la possession et on veut faire du beau jeu si c'est possible. Et je ne pense pas qu'il y ait énormément de différences même si beaucoup de joueuses ont arrêté sur les 5 dernières années. 


Avez-vous été surprise par l'engouement autour de la Coupe du Monde en France ?

Je n'ai pas été spécialement surprise. Je m'attendais à une compétition qui allait attirer des gens. Il y avait énormément d'étrangers qui se sont déplacés donc cela prouve que les autres nations ont leurs public et que eux, se déplacent. Je pense que c'était une compétition réussie dans l'ensemble avec une bonne ambiance dans les stades et de la bienveillance au niveau des supporters. Les filles leur ont rendu grâce à un beau spectacle. 


Le football féminin et son développement

« Le gros changement dans le football féminin, c'est la médiatisation. »

« Montrer tout les matchs c'est bien mais il faut présenter du beau football. »


Où en était le football féminin au début des années 2010 par rapport à aujourd'hui ?

Le gros changement c'est la médiatisation car le football féminin deviens visible. Surtout pour les petites filles qui ont envie de jouer au foot, et pour les gens cela devient également un sport national comme l'est le football masculin. Et en plus cela apporte de l'argent et génère des fonds pour les petits clubs. 


Pensez-vous que le traitement médiatique du football féminin est suffisant ?

Je pense qu'il est déjà bien. Si l'on compare aux autres sports féminins comme le handball ou le basket-ball, on est vraiment bien loties. Il faut continuer chacun de son côté à bien travailler dans les clubs et à gagner des titres en France. Faire des choses au niveau national ce serait bien aussi car il est important d'exister sur la scène mondiale pour être représentées. 


Pour vous aujourd’hui, l'axe de progression le plus important reste donc sur le terrain ? 

Oui, je pense que les médias sont dedans maintenant et qu'ils ne vont pas lâcher. C'est à nous de présenter quelque chose de beau aussi. Montrer tous les matchs c'est bien mais il faut présenter du beau football. Deux petites équipes ce n'est pas forcément le plus joli match à regarder mais il faut continuer à travailler pour que cela devienne quelque chose d’intéressant à proposer. 


En Australie, les footballeuses ont obtenu l'égalité salariale, pensez-vous qu'en France les écarts peuvent se réduire aussi ? 

Cela va continuer à évoluer mais ce ne sera jamais égal. Les garçons sont tellement au delà de tout ce qui est imaginable pour un sportif. Et puis, on ne demande pas cela, loin de là. Cela ne se rattrapera jamais mais je ne pense pas que ce soit ce que l'on désire. 


« Je pense que Megan Rapinoe va remporter le ballon d'or. »


Vous connaissez Amandine Henry, que pensez-vous de son impact et de son importance dans le jeu à Lyon et en France ? 

C'est une joueuse qui est atypique de part son physique et sa puissance donc elle apporte énormément quand elle est bien physiquement. Elle a un jeu particulier qui peut vraiment apporter à une équipe et c'est une joueuse importante que ce soit à l'OL ou en équipe de France. 


Pensez-vous qu'elle peut remporter le ballon d'or ? 

Je pense qu'elle sera souvent nommée comme c'est le cas depuis des années sur le plan européen ou mondial. Je pense que cette année ce sera certainement Megan Rapinoe puis ils préfèrent les joueuses plus offensives. Dans quelques années peut être mais en tout cas elle sera toujours nommée pour moi dans les 10 meilleures joueuses. 



Margaux Bongrand

  • 943 vues
  • 0 commentaires

L'auteur

Margaux Bongrand

Spécialiste football féminin, supportrice invétérée de l'Equipe de France, persuadée que les Bleues seront championnes du monde avec Amandine Henry.

[email protected]

Voir les articles